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samedi 6 septembre 2014

Confusion dans l'exposition de l'astrologie islamique : les cieux planétaires


Une erreur assez répandue consiste à vouloir réduire les sciences traditionnelles à l’ordre cosmique, sous prétexte que c’est leur ordre d’application. Cela n’est en réalité pas du tout justifié, et au contraire, c’est une telle opinion qui entraîne la déchéance de ces sciences en résidus détachés des principes qui leur donnent toute leur valeur. Toute science traditionnelle doit en effet être rattachée aux principes métaphysiques. René Guénon, lorsqu’il restitue les principes du calcul infinitésimal, prend pour point de départ l’Infini, afin de ne pas réduire cette science à une simple méthode de calcul, mais pour permettre qu’elle soit un possible marche pied pour s’élever à la connaissance totale. De même, l’astrologie, science traditionnelle qui fera l’objet de cet article, doit partir du tout, et pouvoir fournir un symbole du tout pour permettre d’y revenir.

Or, dans la description de l’astrologie islamique qui semble faire aujourd’hui référence chez les traducteurs d’Ibn Arabi, il y a une conception assez singulière : les cieux planétaires semblent y symboliser l’ordre subtil, et le reste semble décrit uniquement comme manifestation informelle, excluant tout ce qui est au-delà. Au contraire de ce qu’on peut trouver dans les autres traditions, dans lesquelles le domaine subtil est délimité supérieurement par la sphère de la lune, et qui décrivent les autres sphères planétaires comme correspondant à l’ordre informel. En effet :
la sphère lunaire est proprement le « monde de la formation », ou le domaine de l’élaboration des formes dans l’état subtil, point de départ de l’existence en mode individuel (1).
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1 - Voir L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, ch. XXI. – Nous avons signalé en diverses occasions l’identité du « monde de la formation », ou de Ietsirah suivant la terminologie de la Kabbale hébraïque, avec le domaine de la manifestation subtile.
René Guénon, L’hiéroglyphe du Cancer, Voile d’Isis, juillet 1931.

pour ce qui est du pitri-yâna, nous ferons seulement remarquer qu’il ne conduit pas au delà de la Sphère de la Lune, de sorte que, par là, l’être n’est pas libéré de la forme, c’est-à-dire de la condition individuelle entendue dans son sens le plus général, puisque, comme nous l’avons déjà dit, c’est précisément la forme qui définit l’individualité comme telle (1). Suivant des correspondances que nous avons indiquées plus haut, cette Sphère de la Lune représente la « mémoire cosmique » (2) ; c’est pourquoi elle est le séjour des Pitris, c’est-à-dire des êtres du cycle antécédent, qui sont considérés comme les générateurs du cycle actuel, en raison de l’enchaînement causal dont la succession des cycles n’est que le symbole ; et c’est de là que vient la dénomination du pitri-yâna, tandis que celle du dêva-yâna désigne naturellement la Voie qui conduit vers les états supérieurs de l’être, donc vers l’assimilation à l’essence même de la Lumière intelligible. C’est dans la Sphère de la Lune que se dissolvent les formes qui ont accompli le cours complet de leur développement ; et c’est là aussi que sont contenus les germes des formes non encore développées, car, pour la forme comme pour toute autre chose, le point de départ et le point d’aboutissement se situent nécessairement dans le même ordre d’existence. Pour préciser davantage ces considérations, il faudrait pouvoir se référer expressément à la théorie des cycles ; mais il nous suffit de redire ici que, chaque cycle étant en réalité un état d’existence, la forme ancienne que quitte un être non affranchi de l’individualité et la forme nouvelle dont il se revêt appartiennent forcément à deux états différents (le passage de l’un à l’autre s’effectuant dans la Sphère de la Lune, où se trouve le point commun aux deux cycles), car un être, quel qu’il soit, ne peut passer deux fois par le même état, ainsi que nous l’avons expliqué ailleurs en montrant l’absurdité des théories « réincarnationnistes » inventées par certains Occidentaux modernes (3).
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1 - Sur le pitri-yâna, voir Chhândogya Upanishad, 5e Prapâthaka, 10e Khanda, shrutis 3 à 7 ; Brihad-Âranyaka Upanishad, 6e Adhyâya, 2e Brâhmana, shruti 16.
2 - C’est pour cette raison qu’il est dit parfois symboliquement, même en Occident, qu’on y retrouve tout ce qui a été perdu en ce monde terrestre (cf. Arioste, Orlando Furioso).
3 - Tout ce qui vient d’être dit ici a encore un rapport avec le symbolisme de Janus : la Sphère de la Lune détermine la séparation des états supérieurs (non-individuels) et des états inférieurs (individuels) ; de là le double rôle de la Lune comme Janua Cæli (cf. les litanies de la Vierge dans la liturgie catholique) et Janua Inferni, ce qui correspond d’une certaine façon à la distinction du dêva-yâna et du pitri-yâna. – Jana ou Diana n’est pas autre chose que la forme féminine de Janus ; et, d’autre part, yâna dérive de la racine verbale i, « aller » (latin ire), où certains, et notamment Cicéron, veulent voir aussi la racine du nom même de Janus.
L’Homme et son devenir selon le Vêdânta – ch. XXI

Il [l’être qui accomplit le dêva-yâna] passe ensuite dans la Sphère de la Lune (Chandra ou Soma), où il ne reste pas comme celui qui a suivi le pitri-yâna, mais d’où il monte à la région de l’éclair (vidyut) (1), au-dessus de laquelle est le Royaume de l’Eau (Ap), dont le Régent est Varuna (2) (comme analogiquement, la foudre éclate au-dessous des nuages de pluie). Il s’agit ici des Eaux supérieures ou célestes, représentant l’ensemble des possibilités informelles (3), par opposition aux Eaux inférieures, qui représentent l’ensemble des possibilités formelles ; il ne peut plus être question de ces dernières dès que l’être a dépassé la Sphère de la Lune, puisque celle-ci est, comme nous le disions tout à l’heure, le milieu cosmique où s’élaborent les germes de toute la manifestation formelle.
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1 - Ce mot vidyut semble être encore en rapport avec la racine vid, en raison de la connexion de la lumière et de la vue ; sa forme est très proche de celle de vidyâ : l’éclair illumine les ténèbres ; celles-ci sont le symbole de l’ignorance (avidyâ), et la connaissance est une « illumination » intérieure.
2 - Faisons remarquer, en passant, que ce nom est manifestement identique au grec Oὐρανός, bien que certains philologues aient voulu, on ne sait trop pourquoi, contester cette identité ; le Ciel, appelé Oὐρανός, est bien la même chose, en effet, que les « Eaux supérieures » dont parle la Genèse, et que nous retrouvons ici dans le symbolisme hindou.
3 - Les Apsarâs sont les Nymphes célestes, qui symbolisent aussi ces possibilités informelles ; elles correspondent aux Hûris du Paradis islamique (El-Jannah), qui, sauf dans les transpositions dont il est susceptible au point de vue ésotérique et qui lui confèrent des significations d’ordre plus élevé, est proprement l’équivalent du Swarga hindou.
Ibid.

l’être qui a obtenu l’« immortalité virtuelle » se trouve pour ainsi dire « incorporé », par assimilation, à Hiranyagarbha ; et cet état, dans lequel il peut demeurer jusqu’à la fin du cycle (pour lequel seulement Brahmâ existe comme Hiranyagarbha), est ce qu’on envisage le plus ordinairement comme le Brahma-Loka (1).
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1 - C’est là ce qui correspond le plus exactement aux « Cieux » ou aux « Paradis » des religions occidentales (dans lesquelles, à cet égard, nous comprenons l’Islamisme) ; lorsqu’une pluralité de « Cieux » est envisagée (et elle est souvent représentée par des correspondances planétaires), on doit entendre par là tous les états supérieurs à la sphère de la Lune (parfois considérée elle-même comme le « premier ciel » quant à son aspect de Janua Cæli), jusqu’au Brahma-Loka inclusivement.
Ibid.


On pourrait objecter que le symbolisme peut s’appliquer à différents domaines, et que les cieux planétaires pourraient aussi représenter le domaine subtil. Mais ce n’est jamais ce que fait Guénon. Par exemple, dans le passage suivant il parle bien d’une multiplicité d’applications du septénaire pour les degrés initiatiques, mais les cieux planétaires signifient une seule chose : les états informels.
D’autre part, M. Valli remarque que, à côté du Rebis figuré dans le Rosarium Philosophorum, on voit une sorte d’arbre portant six couples de visages disposés symétriquement de chaque côté de la tige et un visage unique au sommet, qu’il identifie avec les personnages de la figure de Francesco da Barberino ; il semble bien s’agir effectivement, dans les deux cas, d’une hiérarchie initiatique en sept degrés, le dernier degré étant essentiellement caractérisé par la reconstitution de l’Androgyne hermétique, c’est-à-dire en somme la restauration de l’« état primordial » ; et ceci s’accorde avec ce que nous avons eu l’occasion de dire sur la signification du terme de « Rose-Croix », comme désignant la perfection de l’état humain. À propos de l’initiation en sept degrés, nous avons parlé, dans notre étude sur L’Ésotérisme de Dante, de l’échelle à sept échelons ; il est vrai que ceux-ci, généralement, sont plutôt mis en correspondance avec les sept cieux planétaires, qui se réfèrent à des états supra-humains ; mais, par raison d’analogie, il doit y avoir, dans un même système initiatique, une similitude de répartition hiérarchique entre les « petits mystères » et les « grands mystères ». D’autre part, l’être réintégré au centre de l’état humain est par là même prêt à s’élever aux états supérieurs, et il domine déjà les conditions de l’existence dans ce monde dont il est devenu maître ; c’est pourquoi le Rebis du Rosarium Philosophorum a sous ses pieds la lune, et celui de Basile Valentin le dragon ; cette signification a été complètement méconnue par M. Valli, qui n’a vu là que des symboles de la doctrine corrompue ou de « l’erreur qui opprime le monde », alors que, en réalité, la lune représente le domaine des formes (le symbolisme est le même que celui de la « marche sur les eaux »), et le dragon est ici la figure du monde élémentaire.
Le langage secret de Dante et des « Fidèles d’Amour » (II), Voile d’Isis, mars 1932.


Est-ce donc une spécificité de la tradition islamique ? Il ne semble pas, d’après la citation suivante, qui fait remarquer la parfaite concordance de celle-ci avec les autres traditions :
Dans l’ésotérisme islamique, les « sept terres » apparaissent, peut-être plus explicitement encore, comme autant de tabaqât ou « catégories » de l’existence terrestre, qui coexistent et s’interpénètrent en quelque sorte, mais dont une seule peut être actuellement atteinte par les sens, tandis que les autres sont à l’état latent et ne peuvent être perçues qu’exceptionnellement et dans certaines conditions spéciales ; et, ici encore, elles sont tour à tour manifestées extérieurement, dans les diverses périodes qui se succèdent au cours de la durée totale de ce monde. D’autre part, chacune des « sept terres » est régie par un Qutb ou « Pôle », qui correspond ainsi très nettement au Manu de la période pendant laquelle sa terre est manifestée ; et ces sept Aqtâb sont subordonnés au « Pôle » suprême, comme les différents Manus le sont à l’Adi-Manu ou Manu primordial ; mais en outre, en raison de la coexistence des « sept terres », ils exercent aussi, sous un certain rapport, leurs fonctions d’une façon permanente et simultanée. Il est à peine besoin de faire remarquer que cette désignation de « Pôle » se rattache étroitement au symbolisme « polaire » du Mêru que nous avons mentionné tout à l’heure, le Mêru lui-même ayant d’ailleurs pour exact équivalent la montagne de Qâf dans la tradition islamique. Ajoutons encore que les sept « Pôles » terrestres sont considérés comme les reflets des sept « Pôles » célestes, qui président respectivement aux sept cieux planétaires ; et ceci évoque naturellement la correspondance avec les Swargas dans la doctrine hindoue, ce qui achève de montrer la parfaite concordance qui existe à ce sujet entre les deux traditions.
Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques, Paru en français dans les Études Traditionnelles en octobre 1938.


La plus ancienne mention que nous ayons trouvée de cette interprétation (de cieux planétaires subtils) est dans l’étude de Titus Burckhardt : Clé spirituelle de l’astrologie musulmane d’après Mohyiddîn ibn Arabî, parue entre juin 1947 et janvier-février 1948 aux Études Traditionnelles.
Il va sans dire que, entre toutes les sphères de cette hiérarchie, seules les sphères planétaires et celles des étoiles fixes correspondent telles quelles à l’expérience sensible, encore qu’il ne faille pas les envisager sous ce seul rapport ; quant aux sphères sublunaires de l’éther – qui ne signifie pas ici la quintessence, mais le milieu cosmique dans lequel se résorbe le feu, –de l’air et de l’eau, il faut y voir plutôt une hiérarchie théorique suivant les degrés de densité, que des sphères spatiales. Pour ce qui est des sphères suprêmes du « Piédestal » et du « Trône » divins, – le premier contenant les cieux et la terre et le second englobant toute chose (1), – leur forme de sphères est purement symbolique, et elles marquent en somme le passage de l’astronomie à la cosmologie intégrale et métaphysique (2) : le Ciel sans étoiles (al-falak al-atlas), qui est un « vide », et qui de ce fait n’est même plus spatial, mais marque plutôt la « fin » de l’espace, marque aussi par là même la discontinuité entre le formel et l’informel ; celui-ci apparaît en effet comme un « néant » au point de vue du formel, de même que le principiel apparaît comme un « néant » au point de vue du manifesté. On aura compris que ce passage du point de vue astronomique au point de vue cosmologique ou métaphysique n’a rien d’arbitraire : la distinction entre un ciel visible et un ciel échappant à notre vue est réelle, même si son application n’est que symbolique, et l’« invisible » devient ici spontanément le « transcendant », conformément au symbolisme oriental ; les sphères de la manifestation informelle – le « Trône » et le « Piédestal » – sont appelées expressément le « monde invisible » (‘âlam al-ghaïb), le mot ghaïb signifiant tout ce qui est hors de portée de notre vue, ce qui montre bien cette correspondance symbolique entre l’« invisible » et le « transcendant ».

Le « Piédestal » sur lequel sont posés les « Pieds » de Celui qui est assis sur le « Trône », représente la première « polarisation », ou détermination distinctive, en vue de la manifestation formelle, détermination qui comporte une « affirmation » et une « négation » auxquelles correspondent, dans le Livre révélé, le commandement (al-amr) et la prohibition (an-nahî).

Le ciel sans étoiles (al-falak al-atlas) est aussi le ciel des douze « tours » (burûj) ou « signes » du zodiaque ; ceux-ci ne sont donc pas identiques aux douze constellations zodiacales contenues dans le ciel des étoiles fixes (falak al-kawâkib ou falak al-manâzil), mais représentent des « déterminations virtuelles » (maqâdir) de l’espace céleste et ne se différencient que par rapport aux « stations » ou « mansions » (manâzil) planétaires projetées sur le ciel des étoiles fixes. Il y a là un point très important pour la compréhension de l’astrologie arabe et occidentale ; nous y reviendrons plus loin.

La cosmologie traditionnelle ne fait pas de différence explicite entre les cieux planétaires dans leur réalité corporelle et visible et ce qui leur correspond dans l’ordre subtil, car le symbole s’identifie essentiellement à la chose symbolisée, et il n’y a lieu de faire une distinction entre l’un et l’autre que là où cette distinction peut pratiquement se faire et que par suite l’aspect dérivé peut être pris séparément pour le tout, comme il arrive lorsque la forme corporelle d’un être vivant est prise pour l’être entier ; or dans le cas des rythmes planétaires – car ce sont eux qui constituent les différents « cieux », – cette distinction ne peut être faite que par l’application théorique de conceptions mécaniques étrangères à la mentalité contemplative des civilisations traditionnelles (3).

Les sphères planétaires sont donc à la fois des parties du monde corporel et des degrés du monde subtil ; le Ciel sans étoiles, qui est l’extrême limite du monde sensible, enveloppe symboliquement tout l’état humain y compris tous les « prolongements » supérieurs de cet état ; le Sheikh al-akbar situe en effet les états paradisiaques entre le ciel des étoiles fixes et le ciel sans étoiles – ou ciel des « Tours » zodiacales, – les paradis supérieurs touchant pour ainsi dire à l’existence informelle, tout en restant circonscrits par la forme subtile de l’être humain (4). Le ciel des tours » zodiacales est donc, par rapport à l’état humain intégral, le « lieu » des archétypes.
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1 – C’est ce qu’enseigne le Qoran. Selon une expression du Prophète, le monde est contenu dans le "Piédestal" divin et celui-ci dans le “Trône" comme un anneau dans un moule de terre.
2 – Dans certains schémas symboliques du Sheikh al-akbar, on trouve d’autres sphères plus vastes que celle du "Trône", ce symbolisme étant naturellement susceptible d’une extension plus ou moins grande ; cependant, la hiérarchie que nous venons d’énumérer représente en elle même un ensemble complet, puisque le "Trône" divin englobe toute la manifestation. C’est ce qu’enseigne Mohyiddin ibn Arabi, conformément au Qoran, dans les "Révélations mecquoises" (Al-Futûhât al-makkiyah) ; dans d’autres écrits il parlera de toute une hiérarchie de différents "Trônes" qui constituent les principaux degrés de l’Existence informelle.
3 – Ainsi, les Indiens de l’Amérique du Nord, qui ne font pas de théories sur l’électricité, peuvent voir dans l’éclair la puissance même de l’"Oiseau - Tonnerre", qui est l’Esprit divin dans la manifestation macrocosmique: il y a même des cas où la percussion de l’éclair confère des puissances spirituelles, ce qui ne serait pas possible chez des Européens qui ont l’habitude de séparer mentalement les formes sensibles de leurs archétypes "surnaturels".
4 – Il s’agit de la définition cosmologique des états paradisiaques, et non de leur symbolisme implicite, qui fait que leurs descriptions peuvent être transposées aux degrés les plus hauts de l’existence et même dans l’Être pur, puisqu’on parle en langage soufique d’un "paradis de l’Essence" (djannat adh- dhât).
pp. 14-17 de l’édition de 1983 (c’est à cette édition que nous nous référons dans la suite).

On constate qu’il n’est pas explicitement dit formel/informel dans le texte original, mais que c’est Burckhardt qui choisit arbitrairement de traduire invisible (ghaïb = hors de portée de la vue) par informel. Mais considérons comment Guénon applique l’analogie pour un autre passage d’Ibn Arabi :
À ce propos, nous citerons une fois de plus, pour marquer encore les concordances des différentes traditions, un passage emprunté au Traité de l’Unité (Risâlatul-Ahadiyah), de Mohyiddin ibn Arabi : « Cette immense pensée (de l’« Identité Suprême ») ne peut convenir qu’à celui dont l’âme est plus vaste que les deux mondes (manifesté et non-manifesté). Quant à celui dont l’âme n’est qu’aussi vaste que les deux mondes (c’est-à-dire à celui qui atteint l’Être Universel, mais ne le dépasse pas), elle ne lui convient pas. Car, en vérité, cette pensée est plus grande que le monde sensible (ou manifesté, le mot « sensible » devant ici être transposé analogiquement, et non restreint à son sens littéral) et le monde suprasensible (ou non-manifesté, suivant la même transposition), tous les deux pris ensemble. »
L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, chap. XXI, note 26

Guénon transpose bien analogiquement qui ne se manifeste pas aux sens (y compris la vue) en non-manifesté, et non en informel.


Ce qui est peu cohérent, c’est que Burckhardt se contredit, lorsque, reprenant les données exposées par Guénon :
à chacun des sept cieux planétaires préside un des principaux prophètes, qui en est le « Pôle » (El-Qutb) ; et les qualités et les sciences qui sont rapportées plus spécialement à chacun de ces prophètes sont en relation avec l’influence astrale correspondante. La liste des sept Aqtâb célestes est la suivante :
Ciel de la Lune (El-Qamar) : Seyidna Adam.
Ciel de Mercure (El- Utârid) : Seyidna Aïssa.
Ciel de Vénus (Ez-Zohrah) : Seyidna Yûsuf.
Ciel du Soleil (Es-Shams) : Seyidna Idris.
Ciel de Mars (El-Mirrîkh) : Seyidna Dâwûd.
Ciel de Jupiter (El-Barjîs) : Seyidna Mûsa.
Ciel de Saturne (El-Kaywân) : Seyidna Ibrahîm.
La chirologie dans l’ésotérisme islamique, Voile d’Isis, mai 1932.

il explique qu’Adam est assigné à la Lune parce que cela correspond à l’homme véritable, opposé à Hénoch, homme transcendant (il relègue donc bien à la Lune seulement le domaine individuel ou formel) :
Le fait que la lune est le réceptacle de toutes les influences qu’elle recueille pour les transmettre à la terre, se trouve aussi indiqué par le degré qui correspond à la lune dans la hiérarchie des fonctions prophétiques ; l’ésotérisme islamique, on le sait, « situe » symboliquement ces fonctions dans les différents cieux planétaires. Selon cet ordre de correspondances, qui d’ailleurs ne peut se comprendre que dans la perspective spirituelle et en quelque sorte « cyclique » de l’Islam, Abraham (Seyidnâ îbrâhîm) réside dans le ciel de Saturne, Moïse (Seyidnâ Mûsâ) dans celui de Jupiter, Aaron (Seyidna Harûn) dans celui de Mars, Hénoch (Seyidnâ îdrîs) dans celui du soleil, Joseph (Seyidnâ Yûsuf) dans celui de Vénus, Jésus (Seyidnâ ‘Isa) dans celui de Mercure et Adam (Seyidnâ Adam) dans celui de la lune. Il y a, dans cette hiérarchie, le même rapport entre Hénoch et Adam qu’entre l’« homme transcendant » (shœn jen) et l’« homme véritable » (chen jen) dans la doctrine taoïste : Hénoch réside dans le soleil en tant qu’il représente l’« homme divin » par excellence, ou le premier « grand spirituel » des fils d’Adam et par conséquent le « prototype historique » de tous les hommes ayant réalisé Dieu ; quant à Adam, il sera l’« homme primordial » ou, selon l’expression d’Ibn Arabî, l’« homme unique » (al-insân al-mufrad, par opposition à al-insân al-kâmil, l’« homme universel »), c’est-à-dire, il sera le représentant par excellence de la qualité cosmique qui revient à l’homme seulement, et qui s’exprime dans le rôle de médiateur entre la « terre » et le « Ciel ».
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1 - De ceci on peut conclure que l’interprétation spirituelle de l’astrologie ne saurait être sans autre transférée d’une tradition à une autre ; non seulement cette interprétation tient à la perspective intellectuelle propre à telle tradition, mais même la validité de ses applications divinatoires dépend dans une certaine mesure de l’homogénéité de l’ambiance subtile régie par l’influence spirituelle de la tradition envisagée.
p. 37


Autre variation dans la suite de l’étude :
On remarquera que le cycle des Noms, des degrés cosmiques et des mansions lunaires peut être divisé en quartiers, dont chacun comprend sept mansions et correspond à un ensemble défini de degrés d’existence : le premier quartier symbolise le monde des principes ou l’ensemble des degrés divins ; ce quartier se termine symboliquement au solstice d’été et par le degré du « trône » divin, qui est le complément du Nom divin Al-Muhît, « Celui qui englobe », et le modèle de la lettre qaf, signe du pôle et nom de la montagne polaire que les Hindous appellent Merû ; et, ajouterons-nous, il y a là comme une image verbale du fait que le « trône » divin est à la fois la sphère qui englobe tout, et le pôle autour duquel évolue la circumambulation des anges. Les deux quartiers suivants symbolisent tout le monde formel, mais sous le seul rapport de l’existence « élémentaire » et directe de chacun de ses degrés, car c’est le dernier quartier du cycle qui représente la hiérarchie des êtres composés, c’est-à-dire des êtres dont la forme relève d’une synthèse de plusieurs degrés d’existence. Les deux quartiers moyens constituent donc un seul « monde » ; mais ils peuvent être divisés par rapport au centre de ce monde, ce centre étant le sphère du soleil, qui est le « cœur du monde », et qui se trouve ici en rapport d’analogie avec l’équinoxe d’automne.
pp. 45-46

Cette fois ci le piédestal, inférieur au trône, est censé être compris dans le domaine subtil (contrairement à ce qui était dit plus haut), sous le domaine du trône, qui serait la limite inférieure du domaine informel, et en dessous duquel il semble y avoir les anges, qui sont donc curieusement assignés au domaine subtil.


Les contradictions nombreuses impliquées par ce choix de cieux planétaires subtils s’effacent dès lors que l’on remet chaque chose à sa place. En fait El-Muhît est hors de la manifestation :
la « circonférence première » (ed-dâïrah el-awwaliyah) […] délimite et enveloppe le domaine de l’Existence universelle.
[…]
dans la figuration du « Trône » (El-Arsh), Er-Rûh est placé au centre, et cette place est effectivement celle de Metatron ; le « Trône » est le lieu de la « Présence divine », c’est-à-dire de la Shekinah qui, dans la tradition hébraïque, est la « parèdre » ou l’aspect complémentaire de Metatron. D’ailleurs, on peut même dire que, d’une certaine façon, Er-Rûh s’identifie au « Trône » même, car celui-ci, entourant et enveloppant tous les mondes (d’où l’épithète El-Muhît qui lui est donnée), coïncide par là avec la « circonférence première » dont nous avons parlé plus haut (1). On retrouve encore ici les deux faces du barzakh : du côté d’El-Haqq, c’est Er-Rahmân qui repose sur le « Trône » (2) ; mais, du côté d’el-Khalq, il n’apparaît en quelque sorte que par réfraction à travers Er-Rûh, ce qui est en connexion directe avec le sens de ce hadîth : « Celui qui me voit, celui-là voit la Vérité » (man raanî faqad raa el-Haqq).
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1 – Sur ce sujet du « Trône » et du Metatron, envisagé au point de vue de la Kabbale et de l’angélologie hébraïques, cf. Basilide, Notes sur le monde céleste (numéro de juillet 1934, p. 274-275), et Les Anges (numéro de février 1935, p. 88-70).
2 – Suivant ce verset de la Sûrat Taha (XX, 5) : « Er-Rahmânu ‘alâ’l-’arshi estawâ ».
Er-Rûh, Études traditionnelles, août-septembre 1938.


D'après tout ce qui précède, l’assimilation des cieux planétaires au domaine subtil dans l’astrologie islamique semble donc bien être une erreur. Pour finir voici quelques points terminologiques sur lesquels il nous semble nécessaire de s’attarder, parce qu’ils ont pu contribuer à produire ou entretenir cette confusion.
  • D’abord un problème très général : l’usage très vague chez les traducteurs du terme « forme », ne désignant pas précisément la condition limitant le domaine individuel, mais sorte de synonyme d’« image ».

  • Ensuite l’expression « domaine de la génération et de la corruption », mentionnée par exemple dans Le Sceau des saints de Michel Chodkiewicz :
« Le “Lotus de la limite” se trouve au point le plus haut du “monde de la génération et de la corruption” (âlam al-kawn wa l-fasad ou âlam al-shahâda) auquel appartiennent les sphères planétaires. Le voyageur va donc avoir à traverser la sphère des étoiles fixes (falak al kawâkib al-thâbita) puis le “ciel sans étoiles” (al-falak al-atlas) qui, eux, relèvent du “Monde de la Création” (âlam al-khalq) duquel font également partie le Tabouret (al-kursî) et le Trône (al-arsh). Il remontera ensuite les degrés du “Monde du Commandement” (âlam al-amr), c’est-à-dire, dans l’ordre ascendant, la “substance universelle” (am-jawhar al-muzlim al-kull), la Nature (al-tabî’a), qui contient en puissance les formes sensibles, la Table gardée ou Âme universelle, et enfin le Calame, qui est identifié à la fois à l’Intellect premier et à la Réalité muhammadienne ou à l’Homme Parfait. Quittant alors le Monde du Commandement, il pénétrera dans ce qui est désigné comme la Nuée primordiale (al-amâ) produite par l’Expir du Miséricordieux (nafas al-rahmân) et accédera à la Présence divine.
pp. 174-175 (édition 2012)

Équivoque sur laquelle Guénon avertit :
Aristote identifie le domaine de la génération et de la corruption au monde sublunaire, et Dante l’a suivi en cela ; le point de vue de Mohyiddin se rapport sûrement à une tout autre correspondance pour les cieux planétaires, mais je ne pourrais pas vous dire exactement quelle en est la raison ; il faudrait avoir le temps d’examiner cela encore de plus près ; je suis persuadé qu’on n’y trouverait pas de contradiction réelle, mais seulement, comme il arrive dans bien d’autres cas, une différence d’application du symbolisme.
Correspondance à Di Giorgio, 15 novembre 1947

  • Au passage, il y a aussi dans ce passage de M. Chodkiewicz une confusion possible pouvant naître de l’emploi de l’expression « monde de la création », qui est la traduction d’olam Beriah, le domaine de la manifestation informelle qui fait partie du quaternaire des mondes de la Kabbale, alors qu’ici c’est un des termes du binaire el-Khalq/El-Amr, de même que Guénon considère le binaire el-Khalq/El-Haqq, lorsqu’il expose chacun des deux aspects de l’Être pur qui y sont respectivement liés, point évoqué dans une citation précédente, mais aussi dans la suivante :
en correspondance avec ces cinq arkân manifestés dans le monde terrestre et humain, la tradition islamique envisage aussi cinq arkân célestes ou angéliques, qui sont Jibrîl, Rufaîl, Mikaîl, Isrâfîl, et enfin Er-Rûh ; ce dernier, qui est identique à Metatron comme nous l’avons expliqué en d’autres occasions, se situe également à un niveau supérieur aux quatre autres, qui sont comme ses reflets partiels dans diverses fonctions plus particularisées ou moins principielles, et, dans le monde céleste, il est proprement rukn el-arkân, celui qui occupe, à la limite séparant el-Khalq d’El-Haqq, le « lieu » même par lequel seul peut s’effectuer la sortie du Cosmos.
El-Arkân, Études Traditionnelles, septembre 1946.


Une petite parenthèse : M. Chodkiewicz, dans le livre mentionné, p. 173, dit d’ailleurs lui-même qu’après le 7e ciel, celui de Saturne, arrive le
« “Lotus de la limite” (sidrat al-muntahâ, Cor. 53 : 14), point d’arrêt pour Jîbrîl, l’ange de la Révélation, lors du mi’râj du Prophète : à partir de là, Muhammad poursuivra seul son ascension. »

Comme chez Burckhardt, on ne comprend pas pourquoi cet ange ne pourrait circuler que dans le domaine subtil, et pourquoi le domaine informel lui serait interdit, alors que c’est le domaine qui lui correspond normalement. En se rappelant que les cieux planétaires désignent ce domaine informel, il n’y a plus de contradiction.

  • Enfin, l’usage de l’expression « monde intermédiaire », comme ici chez Burckhardt :
Le monde « intermédiaire » comprend les sept cieux planétaires, et leur attribution à un même nombre de Noms divins indique avec précision les principes cosmiques dont les rythmes planétaires sont l’expression.
p. 46

Cette expression peut être employée diversement selon les modes d’exposition. Par exemple, dans L’Archéomètre de La Gnose, T. l’emploie pour désigner le plan astral. Mais, dans sa description, celui-ci n’est pas le domaine subtil mais le domaine informel, entre le plan divin, qui désigne l’Être pur, et le plan matériel, qui désigne à la fois le domaine corporel et le domaine subtil :
La lettre (A) représente l’unité, (S) le binaire, et (Th) la multiplicité. Dans le monde envisagé par rapport à nous, l’unité correspond à l’esprit, la multiplicité à la matière, et le terme intermédiaire ou équilibrant est la vie ; par suite, l’ensemble de ces trois lettres peut être regardé comme représentant l’Univers divisé en trois plans : spirituel (1), astral (2), et matériel (3).
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1 – Le plan spirituel ou divin est le monde principiel, qui correspond au centre dans la figure de l’Archéomètre ; c’est le plan de l’Être pur ou de l’Unité.
2 – C’est le domaine des Forces cosmiques, que l’on devrait plutôt, à ce point de vue, appeler plan vital ou énergétique ; mais la dénomination de plan astral, due à Paracelse, est plus habituellement employée, parce que ces Forces cosmiques, lorsqu’on les considère dans le monde physique, et en particulier dans le système solaire, sont les Forces astrales. Le symbole * * représente la polarisation de la Force universelle, de même que le nombre 11, qui exprime également le Binaire équilibré, et qui correspond à la lettre כ, planétaire de Mars dans l’alphabet watan. Cette lettre occupe le milieu dans le septénaire des planétaires ; en sanscrit, elle est l’initiale du nom de Karttikeya (appelé aussi Skanda), le chef de la Milice Céleste, et de celui de Kâma, le Désir, aspect principiel de la Force universelle. – Le plan astral comprend les sept sphères planétaires, suivant lesquelles sont réparties analogiquement les Forces cosmiques ; par suite, dans la figure de l’Archéomètre, il correspond à la zone planétaire. Enfin, c’est le plan du Verbe ou du Principe actif, contenant en puissance toutes les manifestations de l’Être, et dont la polarisation (par réflexion à la surface des Grandes Eaux) est figurée dans le Zohar par le Macroprosope et le Microprosope.
3 - Ce mot désigne tout ce qui est contenu en puissance dans l’Éther primordial, c’est-à-dire l’ensemble de toutes les possibilités matérielles, et non pas seulement le monde physique (au sens le plus habituel de ce mot), qui n’est que la manifestation d’une possibilité matérielle particulière. L’Éther est le milieu cosmique (Âkâça) sur lequel s’exerce l’action du Verbe Créateur ; ce milieu correspond, dans la figure de l’Archéomètre, à la zone extérieure, c’est-à-dire à l’enveloppe zodiacale. – Dans le système solaire rapporté à la Terre, il faut renverser l’analogie : le monde principiel est représenté par les cieux supérieurs aux sphères planétaires (ciel des étoiles fixes, premier mobile et ciel empyrée), et le domaine de la réalisation matérielle est représenté par le monde sublunaire, c’est-à-dire par la Terre elle-même enveloppée de son atmosphère ; l’ensemble des sept sphères planétaires continue à correspondre au plan astral ou monde intermédiaire. Ceci indique les correspondances des trois lettres (A), (S) et (Th), si on les rapporte spécialement au système solaire.

Donc une particularité terminologique, mais là encore pas de différence de sens par rapport à la généralité : les cieux planétaires sont encore et toujours associés au domaine informel.

samedi 20 juillet 2013

Les positions pseudo-guénoniennes de LLP 6 - Pour en finir avec le soi-disant antimaçonnisme de René Guénon

Suite de :



Commençons par le plus dur, cette citation qui fait saigner les yeux :

LLP :
Maintenant je rappelle aux gens qui nous écoutent, moi j’ai lu tout René Guénon donc je sais de quoi je parle. Y a beaucoup de gens parmi nous qui n’ont pas lu René Guénon, ou du moins peut-être un ou deux livres, et qui disent des bêtises.
(cf. [2])




Introduction

Certains nous reprocheront peut-être encore de donner de l'intérêt à des personnages qui ne le méritent vraiment pas, et qui pourraient se sentir grandis de recevoir une telle attention. C'est peut-être vrai, mais nous sommes assez indifférent à cette question, ce qui compte pour nous c'est ce qui est dit et propagé, et non qui le dit.

Ce n'est donc pas la personne de l'animateur du "dissidence show business", auquel nous avons emprunté les citations qui vont suivre, que nous entendons critiquer spécialement. Nous ne comptons pas non plus sur lui pour se corriger, nous notons juste sa seule réaction à notre dernière mise au point, qui a été, suite à notre évocation de Sabbataï Tsevi, le développement de ce délire qui lui fait désormais appeler sabbatéiste/frankiste absolument tout ce qui lui évoque la contre-tradition. Changement dans la forme, mais le même problème de fond réside : une absence totale d'acuité concernant tout ce qui sort, par en haut ou par en bas, de ce monde moderne dont il est bien un produit typique. Le satanisme, réduit à des pratiques sexuelles déviantes et à des histoires d'argent, et inversement l'ésotérisme, comme la Kabbale, taxé systématiquement de satanique, sauf le Taçawwuf qui semble ne trouver grâce à ses yeux que par simple solidarité ethno-religieuse, ce qui n'est pas une bonne raison. Cette conception embrouillée du satanisme n'est pas anodine : en essayant inconsidérément de combattre le mal, il n'est que trop facile d'en devenir son instrument inconscient, cerné de chimères dualistes. On entrevoit ce dualisme inquiétant ici :
LLP:
Guénon, dans son travail, s’appuie sur la pensée traditionnelle qui place l’esprit au-dessus de la matière
(cf. [1])

Attribuer cette attitude à Guénon pourrait faire sourire, pour qui connait son insistance à dénoncer les travers du dualisme cartésien.
René Guénon :
Il est intéressant de constater que, dans ce livre, nous retrouvons, appliquées au point de vue spécifiquement catholique, des idées qui s’apparentent assez étroitement à celles que nous venons de voir exprimées par M. A. K. Coomaraswamy : ce dont il s’agit essentiellement ici, en effet, c’est une restauration de la valeur symbolique des choses corporelles, que le Catholicisme médiéval connaissait bien, mais qu’ont oubliée les modernes, habitués à séparer radicalement la matière et l’esprit, suivant la conception nettement antitraditionnelle qui a trouvé son expression philosophique dans le dualisme cartésien.
Études traditionnelles, mars 1938, compte rendu du livre du R. P. Victor Poucel – Mystique de la Terre : I. Plaidoyer pour le Corps

Mais il ne faut pas prendre ces confusions à la légère. Nous allons en rester aux faits, et laisserons à chacun le soin de faire sa propre conclusion sur les intentions réelles de cet animateur. Qu'il soit gentil, méchant, obsédé, fou délirant de bonne foi, manipulateur narcissique, comique malgré lui, comique voulu raté, ou un peu de tout cela, peu importe. La considération de ses affirmations sera une bonne occasion d'aborder des sujets intéressants et de tenter de rétablir la vérité, autant qu'il est possible, dans cette cacophonie ambiante où certains semblent se persuader eux-mêmes de leur bon droit par cet acharnement propagandiste, par lequel ils voudraient faire accepter aux autres, comme gage de participation à la vérité, tout et n'importe quoi.

N'ayant pour notre part aucune intention propagandiste, il sera fait usage du moins de redites possible, mais nous tenterons d'indiquer à chaque fois l'endroit où des points particuliers auront déjà été évoqués.



Sommaire

1) Affirmations non sourcées
2) René Guénon antimaçon ?
3) Organisations dont a fait partie René Guénon
4) Maçonnerie égyptienne
5) Le Temple de Salomon
6) Haine du secret, chasse au maçon : bredouille ?
Annexe) Sources hors livres

  


1) Affirmations non sourcées

C'est un vrai problème. Quelle est la valeur d'une citation non sourcée ? Même en supposant que celui qui l'énonce est de bonne foi, ça n'est pas sérieux, et tout ce que l'on s'attire de cette manière, c'est le discrédit.

Appel aux sources ! Nous sommes preneurs de ces passages détonants !!!

LLP :
il sera question dans son œuvre aussi bien du complot maçonnique satanique qu’il appelle antitraditionnel

Il faut bien saisir que la maçonnerie est l’église de la contre-initiation comme l’explique très bien R. Guénon, pratiquant son culte dans des temples à l’identique de celui de Salomon, sachant que la venue de l’antéchrist se fera, selon toutes les eschatologies connues, après la construction du 3ème temple ; il semble donc que cette secte essaie de hâter la fin de ce cycle de l’Humanité.
(cf. [1])

LLP :
René Guénon a condamné la Franc-Maçonnerie sous tous ses aspects ! Alors il disait que, c’est vrai que, il aurait aimé qu’il y ait un redressement, il appelait ça un redressement, mais, non y en aura pas, il le disait que c’est, il le disait, j’ai une citation en tête, que ça l’étonnerait, etc. On peut pas redresser, c’est le Kali Yuga, c’est fini, voilà. C’est un traditionaliste, bien sûr puisque toute la religion, toute religion est traditionaliste, puisque la religion commence chez Adam et Eve, c’est ce que dit René Guénon, et la religion elle intéresse tous les peuples du monde, c’est ce que dit René Guénon.
(cf. [2])

Que Guénon affirme tout cela, ce serait vraiment étonnant.

Lui attribuer une telle passivité, un tel fatalisme, alors qu'il disait d'autre part :
René Guénon :
nous nous adressons à ceux qui peuvent et veulent comprendre à leur tour, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, mais non à ceux que l’obstacle le plus insignifiant ou le plus illusoire suffit à arrêter, qui ont la phobie de certaines choses ou de certains mots, ou qui se croiraient perdus s’il leur arrivait de franchir certaines limitations conventionnelles et arbitraires. Nous ne voyons pas, en effet, quel parti l’élite intellectuelle pourrait tirer de la collaboration de ces esprits craintifs et inquiets
Orient et Occident, conclusion

Certains auront peut-être été apeurés et découragés par ce constat, qui pourtant ne ferme aucune porte ?
René Guénon :
En attendant, nous sommes bien obligé de déclarer que jusqu’ici nous n’avons pas aperçu le moindre indice qui nous autoriserait à supposer que l’Occident livré à lui-même soit réellement capable d’accomplir cette tâche, avec quelque force que s’impose à lui l’idée de sa nécessité.
Orient et Occident, addendum

Ce que propose Guénon, c'est un travail de fond, avant tout un effort de compréhension personnelle, qui ne produit pas forcément ses résultats dans l'immédiat, ce qui est forcément inintéressant pour qui est obnubilé par la récolte des fruits de son action :
René Guénon :
Ce que nous voulons, c’est seulement inciter à la réflexion ceux qui en sont encore capables ; chacun d’eux comprendra ce qu’il pourra, et, si peu que ce soit, ce sera toujours quelque chose ; du reste, nous supposons bien qu’il s’en trouvera quelques-uns qui iront plus loin. Ce que nous avons fait nous-même, il n’y a pas de raison, en somme, pour que d’autres ne le fassent pas aussi ; dans l’état actuel de la mentalité occidentale, ce ne seront sans doute que des exceptions, mais il suffit qu’il se rencontre de telles exceptions, même peu nombreuses, pour que nos prévisions soient justifiées et que les possibilités que nous indiquons soient susceptibles de se réaliser tôt ou tard. D’ailleurs, tout ce que nous ferons et dirons aura pour effet de donner, à ceux qui viendront ensuite, des facilités que nous n’avons pas trouvées pour notre propre compte ; en cela comme en toute autre chose, le plus pénible est de commencer le travail, et l’effort à accomplir doit être d’autant plus grand que les conditions sont plus défavorables
Orient et Occident, conclusion

Mais considérer ce redressement comme impossible est bien symptomatique de l'illusion moderne :
René Guénon :
Maintenant, ce qu’il importe de noter tout particulièrement et dès le début, tant pour éviter toute équivoque que pour se rendre compte de ce qui peut donner lieu à certaines illusions, c’est que, en vertu de la loi de l’analogie, le point le plus bas est comme un reflet obscur ou une image inversée du point le plus haut, d’où résulte cette conséquence, paradoxale en apparence seulement, que l’absence la plus complète de tout principe implique une sorte de « contrefaçon » du principe même, ce que certains ont exprimé, sous une forme « théologique », en disant que « Satan est le singe de Dieu ». Cette remarque peut aider grandement à comprendre quelques-unes des plus sombres énigmes du monde moderne, énigmes que lui-même nie d’ailleurs parce qu’il ne sait pas les apercevoir, bien qu’il les porte en lui, et parce que cette négation est une condition indispensable du maintien de la mentalité spéciale par laquelle il existe : si nos contemporains, dans leur ensemble, pouvaient voir ce qui les dirige et vers quoi ils tendent réellement, le monde moderne cesserait aussitôt d’exister comme tel, car le « redressement » auquel nous avons souvent fait allusion ne pourrait manquer de s’opérer par là même ; mais, comme ce « redressement » suppose d’autre part l’arrivée au point d’arrêt où la « descente » est entièrement accomplie et où « la roue cesse de tourner », du moins pour l’instant qui marque le passage d’un cycle à un autre, il faut en conclure que, jusqu’à ce que ce point d’arrêt soit atteint effectivement, ces choses ne pourront pas être comprises par la généralité, mais seulement par le petit nombre de ceux qui seront destinés à préparer, dans une mesure ou dans une autre, les germes du cycle futur. Il est à peine besoin de dire que, dans tout ce que nous exposons, c’est à ces derniers que nous avons toujours entendu nous adresser exclusivement, sans nous préoccuper de l’inévitable incompréhension des autres ; il est vrai que ces autres sont et doivent être, pour un certain temps encore, l’immense majorité, mais, précisément, ce n’est que dans le « règne de la quantité » que l’opinion de la majorité peut prétendre à être prise en considération.
Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, avant-propos

Sur la Maçonnerie en général, d'abord, cf. tout ce qui a été dit sur cette page (nous compléterons plus loin) :

Nous reviendrons plus bas (partie 5) sur le Temple de Salomon.

La religion ne commence pas à partir d'Adam mais de Moïse, et elle est spécifiquement occidentale.
René Guénon :
La civilisation islamique est en effet, parmi les civilisations orientales, celle qui est la plus proche de l’Occident, et l’on pourrait même dire que, par ses caractères comme par sa situation géographique, elle est, à divers égards, intermédiaire entre l’Orient et l’Occident ; aussi sa tradition nous apparaît-elle comme pouvant être envisagée sous deux modes profondément distincts, dont l’un est purement oriental, mais dont l’autre, qui est le mode proprement religieux, lui est commun avec la civilisation occidentale. Du reste, Judaïsme, Christianisme et Islamisme se présentent comme les trois éléments d’un même ensemble, en dehors duquel, disons-le dès maintenant, il est le plus souvent difficile d’appliquer proprement le terme même de « religion », pour peu qu’on tienne à lui conserver un sens précis et nettement défini ; mais, dans l’Islamisme, ce côté strictement religieux n’est en réalité que l’aspect le plus extérieur
Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues, partie II, chap. II

Traditionalisme et "adamisme" ont déjà été abordés en partie 1 de cette page :
Une autre distinction en lien avec le traditionalisme est nécessaire :
LLP :
Dans son livre La Crise du Monde moderne, qui est essentiel à toute personne désireuse de comprendre le désordre ambiant, il met en lumière le paradigme moderne et ses travers. Tout y est dit. Il faut le lire. L’ouvrage de J. Evola qui porte le même titre est aussi à découvrir.
(cf. [1])
LLP :
Bon ben c’est très simple : on peut dire René Guénon autant que Julius Evola hein, puisque Evola aussi a écrit un livre qui s’appelle la Crise du Monde moderne, mais c’est vrai que je suis plutôt guénonien.
(cf. [2])

Faux, l'ouvrage d'Evola s'appelle Révolte contre le Monde moderne, et il a peu de rapport en contenu avec la Crise du Monde moderne. Pour l'assimilation abusive entre Guénon et Evola, cf. cette page, partie "Sur Evola" :




2) René Guénon antimaçon ?

C'est une rumeur assez persistante, que celle qui consiste à faire passer Guénon pour un ennemi de la Franc-Maçonnerie. Lorsque l'absurdité de cette thèse devient trop manifeste, on assiste surpris à des dandinements grotesques pour tenter de faire croire, vaille que vaille, que malgré l'évidence, non Guénon n'était pas favorable à la Maçonnerie, et puis c'est tout. Ainsi, dans le document [1], E&R Aquitaine mettait LLP devant la citation que nous avions signalée ici auparavant (partie 4, la loge P2) :

E&R Aquitaine :
4. De la franc-maçonnerie, Guénon disait que « l’infiltration des idées modernes, au détriment de l’esprit initiatique, en a fait, non point un des agents de la “conspiration”, mais au contraire une de ses premières victimes ». Quel est selon vous l’impact de la franc-maçonnerie sur le monde ? Partagez-vous cette assertion de René Guénon ?

LLP :
La F.’. M.’. est une société secrète mafieuse extrêmement dangereuse puisque impliquée dans tous les scandales les plus meurtriers de ces trois derniers siècles. Ceci est un fait indiscutable. Je parle de la franc-maçonnerie telle qu’elle est et non telle que la théorie voudrait qu’elle soit ! Je reprends dans le livre un nombre interminable d’affaires gravissimes menées de main de maître par cette secte.

Ce qui est troublant au plus haut point c’est l’absence systématique de conséquences judiciaires, malgré la gravité des faits ou le nombre vertigineux de milliards engloutis dans des comptes offshore. Que ce soit le régicide inutile de 1793 et ses copies européennes initiées par les illuminés de Bavière eux-mêmes infiltrés par les frankistes issus du sabbataïsme ; l’affaire des fiches du Grand-Orient datant de 1905 ; l’opération meurtrière Gladio pilotée par Licio Gelli et causant des dizaines de morts en Italie ; Clearstream en France ou l’affaire des frégates de Taïwan ; sans omettre les milliards d’euros de budgets régionaux qui sont détournés dans des fausses attributions de chantiers de BTP (voir l’affaire J.-P. Kucheida de la fédération PS du nord)… La liste est encore longue. Nous pouvons citer aussi l’implication de la maçonnerie dans l’affaire dite du Carlton et dans laquelle il est question de proxénétisme, d’orgies dépravées, de FMI et de présidence de la France, heureusement ratée par le satyre immonde, DSK.

Comme on le constate, il ne répond pas à la question mais ne fait état que de scandales variés, impliquant (ou non) des francs-maçons, ce qui serait censé incriminer l'organisation initiatique toute entière dont ils seraient membres. C'est bien la méprise que dénonce Guénon dans la citation posée.

Rappelons au passage que la Maçonnerie n'est pas responsable de l'affaire de la loge P2, des mots mêmes de David Yallop (partie 4), ni de la révolution française, des mots de Guénon (partie 5) :

Mais...
LLP :
René Guénon a écrit quand même dans la France Antimaçonnique !
(cf. [2])

Quand même ! Sauf que ces écrits portent surtout sur la Stricte Observance Templière, dont la survivance actuelle est plus que problématique. Et de manière générale, il suffit de lire ces articles pour constater qu'ils s'adressent bien à des antimaçons, mais qu'en eux-mêmes ils n'ont vraiment rien d'antimaçonnique.

LLP :
Euh donc la Franc-Maçonnerie théorique, opérative pas spéculative, c’est quelque chose de très bien, sauf que pas n’importe qui, faut être tailleur de pierre, faut être maçon.
(cf. [2])

Théorique ou opérative ? Opératif ou travail manuel ? Opératif excluant nécessairement spéculatif ? N'étant pas responsable de cette citation, nous renverrons simplement à la partie 3 de cette page qui traite de ces questions :

Guénon porterait donc uniquement un intérêt "théorique" à la Maçonnerie, pour ensuite la dénigrer dans la réalité ? Détruisons cette fable une bonne fois pour toutes, avec un document qui date de moins de 4 ans avant son décès, et qui ne pourra pas être qualifié d'écrit de jeunesse, ni de jugement "théorique" déçu et méprisant sur la Maçonnerie actuelle. Et même si c'était un écrit de jeunesse, ça n'enlèverait rien au caractère définitif de sa dernière phrase.
René Guénon :
Pour terminer sur une nouvelle plus agréable que tous ces racontars déplaisants, vous aurez peut-être déjà appris (cela date d’un mois environ) la constitution, sous les auspices de la G∴ L∴ D∴ F∴, de la L∴ La Grande Triade (vous pouvez naturellement voir tout de suite d’où vient ce titre), dont le Vén∴ fondateur est le F∴ Ivan Cerf, G∴ Or∴. Il s’agit d’une L∴ destinée à demeurer très fermée (une des conditions d’admission est une connaissance suffisante de mon œuvre) et où l’on se propose spécialement d’appliquer, dans toute la mesure du possible, les vues que j’ai exposées notamment dans les « Aperçus ». Il y a pour commencer une quinzaine de membres, parmi lesquels les FF∴ Dumesnil de Grammont et Antonio Coen ; étant donné le caractère tout à fait spécial de cet At∴, je vous demanderai de ne donner à la chose aucune publicité (j’entends même maç∴) sans accord préalable avec le F∴ Ivan Cerf. Vous pouvez penser si je suis heureux de ce résultat, qui me donne dès maintenant la certitude que le travail que j’ai fait et auquel j’ai consacré toute ma vie ne sera pas perdu !
Lettre de René Guénon à Edmond Gloton du 17/05/1947 (cf. [6])

En voici le scan, pour couper court à tout déni : 







3) Organisations dont a fait partie René Guénon

LLP:
René Guénon a fait partie de toutes les sectes [...], de tous les mouvements spirites etc du début de siècle dernier.
(cf. [2])

Faux, il n'a jamais fait partie d'un seul mouvement spirite. Voici son propre témoignage, très détaillé, dans la lettre que nous venons de citer :

René Guénon :
Comme il m’importe beaucoup que la chose soit mise au point, je vais, quoique ce soit un peu long, vous expliquer exactement ce qu’il en est : je n’ai jamais été « expulsé de la Maç∴ », pour la bonne raison que, en l’occurrence, il s’agissait tout simplement d’une organisation irrégulière dénommée « Rite National Espagnol », à laquelle j’avais appartenu en même temps qu’au Martinisme avec lequel elle était en connexion. À ce propos, je vous signalerai tout particulièrement le fait que la L∴ Humanidad a été mentionnée sans indiquer de quelle Ob∴ elle relevait, mais en ajoutant le nº d’ordre qui peut faire croire à ceux qui n’en savent rien qu’il s’agissait d’un At∴ de la G∴ L∴ D∴ F∴ ; c’est là un procédé tout à fait occultiste ! À l’époque dont il s’agit, le sieur Ch. Détré, plus connu sous le nom de Téder, avait réussi à prendre sur Papus une influence d’autant plus étonnante que, jusque là, ledit Papus s’était toujours arrangé au contraire pour écarter d’une façon ou d’une autre tous les gens qui pouvaient lui porter ombrage. Ce Téder, personnage fort suspect à tous les points de vue, n’avait de vraiment remarquable qu’une énorme érudition historique, dont il savait d’ailleurs fort bien se servir surtout pour « truquer » les documents et leur faire dire tout ce qu’il voulait ; toute sa campagne contre le G∴ O∴ est un véritable chef-d’oeuvre en ce genre spécial… Comme il craignait que je ne voie trop clair dans ses agissements (je n’avais pourtant alors que 22 ans), il résolut d’inventer n’importe quoi pour m’éliminer ; pour impressionner Papus et autres, il fabriqua toute une série de fausses lettres de moi, dont, chose curieuse, il ne pouvait montrer que des photographies, et qui servirent de base au rapport dont il est question dans la note susdite. Je n’ai certes jamais travaillé pour aucune « organisation religieuse », et pour cause, car le fait que j’appartenais aussi en ce temps-là à l’Église gnostique (fondée par le F∴ Jules Doinel et dirigée alors par le F∴ Fabre des Essarts) aurait assurément suffi à me faire fort mal voir de n’importe quel milieu catholique ; mais on ne peut s’étonner de rien quand on sait que, peu avant cela, le même Téder avait formellement accusé les FF∴ Blatin et Limousin d’être affiliés aux Jésuites ! Enfin, n’étant tout de même pas très sûr que Papus ne se ressaisirait pas au dernier moment, il profita de son absence pour faire prononcer mon « exclusion » par quelques pauvres gens qu’il avait rassemblés à grand’ peine pour cette circonstance ; il faut dire en effet que la fameuse L∴ Humanidad avait déjà cessé d’exister en fait et ne se réunissait plus jamais, et que ce fut là sa dernière manifestation. – Ce qu’il importe de remarquer encore, c’est que les personnages dont il vient d’être question ne furent jamais Maçons réguliers ; Papus, malgré tous ses efforts, fut constamment refusé tant au Rite Écossais (et cela même à la L∴ Le Libre Examen dont cependant son père était membre) qu’au Rite de Misraïm. Quant à Téder, il avait débuté par la publication d’un ouvrage antimaçonnique intitulé « Les Apologistes du Crime » ; il avait fait du journalisme en Belgique, d’où il avait été expulsé à la suite d’une affaire de chantage ; il était alors passé en Angleterre, où il avait fait la connaissance de John Yarker, et c’est de celui-ci que, de même que Papus, il tenait tous les grades plus ou moins authentiques, et en tout cas irréguliers, dont il était décoré. Le F∴Waite a accusé Papus et son école d’antimaçonnisme ; cela peut paraître exagéré à première vue, en ce sens qu’ils semblaient ne s’attaquer qu’au seul G∴ O∴ ; mais, quand on examine certaines choses de plus près, on doit reconnaître qu’il n’avait pas tort. Ainsi, pour ne donner qu’un exemple, tous les Martinistes du 2e degré, hommes et femmes, recevaient communications des m∴ et s∴ des 3 grades de la Maç∴ symb∴ sans qu’il leur soit demandé aucun serment, et cela sous le prétexte que, au XVIIIe siècle, l’initiation à l’Ordre des Élus Coens, dont le Martinisme se prétendait bien à tort l’héritier, présupposait la possession de ces 3 grades. Je vous signale à cette occasion qu’il y a actuellement, toujours dans le même milieu, une tentative de reconstitution des Élus Coens ; mais, en l’absence de toute filiation authentique, il ne s’agit là en réalité que d’une simple imitation dépourvue de toute valeur. – Naturellement, ma soi-disant « expulsion » par des gens si bien qualifiés pour accuser les autres de « travailler contre la Maç∴ » ne m’empêcha pas le moins du monde d’être, peu de temps après, affilié à la L∴ Thébah ; et, alors que je n’avais pas encore tout à fait 25 ans, on m’avait déjà fait à tort ou à raison, au Rite Écossais, la réputation de connaître la Maç∴ mieux que beaucoup des membres du Sup∴ Cons∴ !

J’ajouterai encore que, depuis cette époque, c’est-à-dire depuis près de 40 ans, les occultistes de toute catégorie n’ont jamais cessé de me poursuivre de leur haine et d’essayer de me nuire par tous les moyens ; beaucoup d’autres aussi, appartenant aux milieux les plus divers et même les plus opposés en apparence, ont par la suite agi de la même façon ; je ne m’en suis d’ailleurs jamais plus mal porté pour cela… Seulement, comme une des principales manifestations de cette hostilité a toujours été la diffusion des racontars les plus invraisemblables, la conclusion à tirer de tout cela, c’est que, sauf vérification, il ne faut absolument rien croire de ce qui se dit sur mon compte, d’où que cela puisse provenir.
Lettre de René Guénon à Edmond Gloton du 17/05/1947 (cf. [6])

Ce dernier avertissement de la part de Guénon (que nous avons mis en gras) était décidément bien fondé.

Passons à des fantaisies égyptiennes.





4) Maçonnerie égyptienne

LLP :
Alors il faut savoir, puisque là c’est très très important, et que ça va faire le lien avec beaucoup beaucoup de choses. Vous savez que la maçonnerie française, la maçonnerie européenne, elle a été, par Cagliostro qui était un frankiste, donc un sabbataïste, elle a été complètement transformée avec le rite égyptien, Menphis-Misraïm etc., donc le culte d’Isis. C’est pour cela que vous avez par exemple à Paris toute cette sculpture d’Isis, Parisii d’ailleurs, la barque d’Isis, Bar Isis, c’est Isis etc. Et Gésiale, la papesse, elle voue un culte à Isis, elle le dit hein. C’est le signe du dollar, c’est pour ça que vous avez une pyramide sur le dollar, c’est pour ça que les rappeurs sont tous pleins de bling bling, en fait c’est le culte de Mamon, du fric, de la matière, et le S et le barré du deux fois c’est un I, un S, un I et un S contractés. C’est ISIS ! On est toujours dans le même problème. Parce que dollar c’est D, euro c’est E, pourquoi on a mis un S à dollar ? Ca n’a aucun sens. Et pourquoi y a une pyramide sur le dollar ? Aux Etats Unis d’Amérique ? Y a quelque chose qui cloche. Bref. Mais tout ceci est absolument cohérent, parfaitement cohérent. Vous inquiétez pas tout est lié
(cf. [4])

Les rites de Memphis et ceux de Misraïm, avant qu'ils ne se réunissent en Memphis-Misraïm, se sont développés indépendamment du rite de Cagliostro, duquel ils se plaisent à se revendiquer (surtout celui de Misraïm) pour se donner un peu d'épaisseur historique, parce qu'il se faisait appeler le Grand Cophte et qu'il aurait entretenu des relations avec certains dignitaires du Régime de Naples. Quoi qu'il en soit, ces rites ne concernent qu'une frange très marginale de la maçonnerie obédientielle, le parrainage de Cagliostro est de moins en moins revendiqué et son origine juive n'a jamais été prouvée.

Mais en supposant des origines juives réelles, pourquoi cela ferait-il nécessairement de lui un frankiste/sabbataïste ? On voit là un exemple de l'absence totale de rigueur, de cette démarche qui fait apposer cette étiquette à n'importe quel chrétien ou musulman ayant des origines juives réelles ou supposées, ou encore de considérer des juifs comme des crypto-juifs ? des juifs à plusieurs couches en quelques sorte ? Y-a-t-il un moyen plus puissant pour abandonner tout contact avec le monde réel ?

René Guénon :
Cagliostro a évidemment voulu, comme bien d’autres, établir un système particulier, quelle qu’en soit d’ailleurs la valeur propre, en le basant sur la Maçonnerie ; mais a-t-il jamais eu réellement de celle-ci une connaissance suffisamment approfondie pour l’y adapter correctement ? Les admirateurs enthousiastes de Cagliostro s’indigneraient peut-être qu’on puisse soulever un tel doute, tandis que ses détracteurs chercheraient probablement à en tirer contre lui des conséquences excessives ; en cela, à notre avis, les uns n’auraient pas plus raison que les autres, et il y a bien des chances pour que la vérité sur ce personnage énigmatique ne se trouve dans aucune des opinions extrêmes.
Études traditionnelles, avril-mai 1948, compte rendu du Rituel de la Maçonnerie Égyptienne de Cagliostro

Des temples d'Isis ont paraît-il été retrouvés en Europe. Mais concernant le lien entre les Parisii et Isis, il est hypothétique. Quant au dollar :
René Guénon :
Le Grand Lodge Bulletin d’Iowa (n° de mai et juin) donne une étude sur les deux colonnes, plus historique à vrai dire que symbolique, mais qui contient, en dehors des références proprement bibliques, des détails intéressants et dont certains sont assez peu connus. Ainsi, sait-on que le signe usuel du dollar est une figuration schématique des « colonnes d’Hercule » réunies par une sorte de banderole, et que cette figuration, empruntée aux monnaies espagnoles, se trouvait déjà, dans l’antiquité, sur celles de Tyr ?
Études traditionnelles, octobre 1929, comptes rendus d'articles de revues


La Maçonnerie égyptienne c'est une chose. Mais quel est son rapport avec le Temple de Salomon ? Question ouverte...





5) Le Temple de Salomon

Revenons à l'interview de LLP par E&R Aquitaine. Il affirme :
LLP :
Il faut bien saisir que la maçonnerie est l’église de la contre-initiation comme l’explique très bien R. Guénon, pratiquant son culte dans des temples à l’identique de celui de Salomon, sachant que la venue de l’antéchrist se fera, selon toutes les eschatologies connues, après la construction du 3ème temple ; il semble donc que cette secte essaie de hâter la fin de ce cycle de l’Humanité. Il est d’ailleurs curieux que personne ne fasse le lien entre le temple maçonnique et celui de Jérusalem puisqu’il est question de la même bâtisse sacrée. Cette ignorance réside dans l’abrutissement des masses occidentales mais également orientales qui sont à des années-lumière de ce projet diabolique. In fine, les choses sont tellement simples, il suffit de les constater.
(cf. [1])

Nous avons plus haut réclamé la source de cette affirmation. Plus bas nous allons voir ce que de notre côté nous avons trouvé dans l’œuvre de Guénon, à propos de ce Temple de Salomon. Nous avons préféré en mettre trop que pas assez (mais nous ne prétendons pas que c'est exhaustif). Si en tout cas un oubli de notre part avait laissé de côté les fameuses citations auxquelles renvoie LLP, nous serions grandement reconnaissant qu'on nous le signale, et dans ce cas nous nous excuserions platement et nous compléterions avec hâte le regroupement déjà fait. Donc : appel aux citations !

Ici aussi :
LLP :
Et les frankistes, les sabbataïstes, qu’est ce qu’ils font ? Ils pratiquent l’inceste, la sorcellerie, la Kabbale, le crime rituel. Et c’est eux qui ont mis en place tout le rituel maçonnique. C’est dans ce livre (Charles Novac – Jacob Frank le faux messie), c’est dans ce livre (Arthur Mandel – Le messie militant), toutes les élites occidentales qui ont été maçonnisées l’ont été sur des rites écrits par les sabbataïstes, parce que la Maçonnerie cherche toujours, pour un peu de gloire et de paillettes, d’avoir une origine orientale, du temple de Salomon, temple de Salomon prophète de Dieu.
(cf. [3])

Le Judaïsme, oriental ?
René Guénon :
Il faut ajouter que, dans l’Occident, nous comprenons aussi le judaïsme, qui n’a jamais exercé d’influence que de ce côté, et dont l’action n’a même peut-être pas été tout à fait étrangère à la formation de la mentalité moderne en général ;
Orient et Occident, I, IV

Mais peut-être que LLP parle de l'apport islamique à la Maçonnerie. Celui-ci est bien oriental, mais il est très réel, et n'a rien à voir avec de la gloire ou des paillettes :
René Guénon :
on peut relever des traces de l’influence islamique en architecture, et cela d’une façon toute particulière au Moyen Âge ; ainsi, la croisée d’ogive, dont le caractère s’est affirmé à ce point qu’elle a donné son nom à un style architectural, a incontestablement son origine dans l’architecture islamique, bien que de nombreuses théories fantaisistes aient été inventées pour dissimuler cette vérité. Ces théories sont contredites par l’existence d’une tradition chez les constructeurs eux-mêmes affirmant constamment la transmission de leurs connaissances à partir du Proche-Orient.

Ces connaissances revêtaient un caractère secret et donnaient à leur art un sens symbolique ; elles avaient des relations très étroites avec la science des nombres, et leur origine première a toujours été rapportée à ceux qui bâtirent le Temple de Salomon.
Influence de la civilisation islamique en Occident

En premier lieu, ce Temple concerne évidemment le Judaïsme, mais son symbolisme n'est pas pour autant illégitime dans la Maçonnerie :
René Guénon :
Ce qui est vrai, c’est que, dans la Maçonnerie, la pierre brute a un autre sens que dans les cas des autels hébraïques, auquel il faut joindre ici celui des monuments mégalithiques ; mais, s’il en est ainsi, c’est que ce sens ne se réfère pas au même type de tradition. Cela est facile à comprendre pour tous ceux qui ont connaissance des considérations que nous avons exposées sur les différences essentielles qui existent, d’une façon tout à fait générale, entre les traditions des peuples nomades et celles des peuples sédentaires ; et d’ailleurs, quand Israël passa du premier de ces états au second, l’interdiction d’élever des édifices en pierres taillées disparut, parce qu’elle n’avait plus de raison d’être pour lui, témoin la construction du Temple de Salomon, qui assurément ne fut pas une entreprise profane, et à laquelle se rattache, symboliquement tout au moins, l’origine même de la Maçonnerie.
Pierre brute et pierre taillée

René Guénon :
Dans le sens le plus général, la Shekinah est la « présence réelle » de la Divinité ; il faut tout d’abord noter que les passages de l’Écriture où il en est fait mention tout spécialement sont surtout ceux où il s’agit de l’institution d’un centre spirituel : la construction du Tabernacle, l’édification du Temple de Salomon et de celui de Zorobabel. Un tel centre, constitué dans des conditions régulièrement définies, devait être en effet le lieu de la manifestation divine, toujours représentée comme « Lumière » ; et, bien que M. Vulliaud nie tout rapport entre la Kabbale et la Maçonnerie (tout en reconnaissant cependant que le symbole du « Grand Architecte » est une métaphore habituelle aux rabbins), l’expression de « lieu très éclairé et très régulier », que cette dernière a conservée, semble bien être un souvenir de l’antique science sacerdotale qui présidait à la construction des temples, et qui, du reste, n’était pas particulière aux Juifs. 
La Kabbale juive

Le Temple de Salomon concerne les corporations de constructeurs, mais également tout l'ensemble de l'ésotérisme occidental :
René Guénon :
Il doit être bien entendu que, dans le symbolisme des constructeurs du moyen âge, qui s’appuie sur la tradition judéo-chrétienne et est spécialement rattaché, comme à son « prototype », à la construction du Temple de Salomon (1), il est constant, en ce qui concerne la « pierre angulaire », que c’est proprement d’une « clef de voûte » qu’il s’agit ; et, si la forme exacte du Temple de Salomon a pu donner lieu à des discussions au point de vue historique, il est bien certain, en tout cas, que cette forme n’était pas celle d’une pyramide
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1 - Les « légendes » du compagnonnage dans toutes ses branches en font foi, non moins que les « survivances » propres de l’ancienne maçonnerie opérative que nous avons envisagées ici.
La « pierre angulaire »
(La fin de cet extrait permet au passage d'écarter définitivement un éventuel lien entre Maçonnerie égyptienne et Temple de Salomon.)

René Guénon :
 Dans le monde occidental, où le spirituel prend la forme spécifiquement religieuse, les véritables « gardiens de la Terre sainte », tant qu’ils y eurent une existence en quelque sorte « officielle », devaient être des chevaliers, mais des chevaliers qui fussent des moines en même temps ; et, effectivement, c’est bien là ce que furent les Templiers.

Ceci nous amène directement à parler du second rôle des « gardiens » du Centre suprême, rôle qui consiste, disions-nous tout à l’heure, à assurer certaines relations extérieures, et surtout, ajouterons-nous, à maintenir le lien entre la tradition primordiale et les traditions secondaires et dérivées. Pour qu’il puisse en être ainsi, il faut qu’il y ait, pour chaque forme traditionnelle, une ou plusieurs organisations constituées dans cette forme même, selon toutes les apparences, mais composées d’hommes ayant la conscience de ce qui est au-delà de toutes les formes, c’est-à-dire de la doctrine unique qui est la source et l’essence de toutes les autres, et qui n’est pas autre chose que la tradition primordiale.

Dans le monde de tradition judéo-chrétienne, une telle organisation devait assez naturellement prendre pour symbole le Temple de Salomon ; celui-ci, d’ailleurs, ayant depuis longtemps cessé d’exister matériellement, ne pouvait avoir alors qu’une signification tout idéale, comme étant une image du Centre suprême, ainsi que l’est tout centre spirituel subordonné ; et l’étymologie même du nom de Jérusalem indique assez clairement qu’elle n’est qu’une image visible de la mystérieuse Salem de Melchissédec.
Les Gardiens de la Terre sainte

René Guénon :
Cette doctrine ésotérique, quelle que soit la désignation particulière qu’on voudra lui donner jusqu’à l’apparition du Rosicrucianisme proprement dit (si toutefois on trouve nécessaire de lui en donner une), présentait des caractères qui permettent de la faire rentrer dans ce qu’on appelle assez généralement l’hermétisme. L’histoire de cette tradition hermétique est intimement liée à celle des Ordres de chevalerie ; et, à l’époque dont nous nous occupons, elle était conservée par des organisations initiatiques comme celle de la Fede Santa et des Fidèles d’Amour, et aussi cette Massenie du Saint Graal dont l’historien Henri Martin parle en ces termes (1), précisément à propos des romans de chevalerie, qui sont encore une des grandes manifestations littéraires de l’ésotérisme au moyen âge : « Dans le Titurel, la légende du Graal atteint sa dernière et splendide transfiguration, sous l’influence d’idées que Wolfram (2) semblerait avoir puisées en France, et particulièrement chez les Templiers du midi de la France. Ce n’est plus dans l’île de Bretagne, mais en Gaule, sur les confins de l’Espagne, que le Graal est conservé. Un héros appelé Titurel fonde un temple pour y déposer le saint Vaissel, et c’est le prophète Merlin qui dirige cette construction mystérieuse, initié qu’il a été par Joseph d’Arimathie en personne au plan du Temple par excellence, du Temple de Salomon (3). La Chevalerie du Graal devient ici la Massenie, c’est-à-dire une Franc-Maçonnerie ascétique, dont les membres se nomment les Templistes, et l’on peut saisir ici l’intention de relier à un centre commun, figuré par ce Temple idéal, l’Ordre des Templiers et les nombreuses confréries de constructeurs qui renouvellent alors l’architecture du moyen âge. On entrevoit là bien des ouvertures sur ce qu’on pourrait nommer l’histoire souterraine de ces temps, beaucoup plus complexes qu’on ne le croit généralement… Ce qui est bien curieux et ce dont on ne peut guère douter, c’est que la Franc-Maçonnerie moderne remonte d’échelon en échelon jusqu’à la Massenie du Saint Graal (4). »

Il serait peut-être imprudent d’adopter d’une façon trop exclusive l’opinion exprimée dans la dernière phrase, parce que les attaches de la Maçonnerie moderne avec les organisations antérieures sont, elles aussi, extrêmement complexes ; mais il n’en est pas moins bon d’en tenir compte, car on peut y voir du moins l’indication d’une des origines réelles de la Maçonnerie. Tout cela peut aider à saisir dans une certaine mesure les moyens de transmission des doctrines ésotériques à travers le moyen âge, ainsi que l’obscure filiation des organisations initiatiques au cours de cette même période, pendant laquelle elles furent vraiment secrètes dans la plus complète acception de ce mot.
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1 -  Histoire de France, t. III, pp. 398-399.
2 - Le Templier souabe Wolfram d’Eschenbach, auteur de Parceval, et imitateur du bénédictin satirique Guyot de Provins, qu’il désigne d’ailleurs sous le nom singulièrement déformé de « Kyot de Provence ».
3 - Henri Martin ajoute ici en note : « Perceval finit par transférer le Graal et rebâtir le temple dans l’Inde, et c’est le Prêtre Jean, ce chef fantastique d’une chrétienté orientale imaginaire qui hérite de la garde du saint Vaissel. »
4- Nous touchons ici à un point très important, mais que nous ne pourrions traiter sans nous écarter par trop de notre sujet : il y a une relation fort étroite entre le symbolisme même du Graal et le « centre commun » auquel Henri Martin fait allusion mais sans paraître en soupçonner la réalité profonde, pas plus qu’il ne comprend évidemment ce que symbolise, dans le même ordre d’idées, la désignation du Prêtre Jean et de son royaume mystérieux.
L’Ésotérisme de Dante, ch. IV - Dante et le Rosicrucianisme

Le symbolisme du Temple de Salomon dans la Franc-Maçonnerie est donc tout ce qu'il y a de plus justifié, non seulement en tant qu'elle est la continuatrice des corporations de constructeurs, mais également en tant qu'elle est l'héritière de l'ensemble de l'ésotérisme occidental. Et les frankistes/sabbataïstes n'ont évidemment rien à voir là-dedans.

Finissons sur un sujet plus anecdotique.





6) Haine du secret, chasse au maçon : bredouille ?

LLP :
J'ai appris ce soir que la Mosquée de Paris, dirigée par le traître et frère la truelle David Boubekeur, demandait de l’argent aux convertis pour des raisons fallacieuses de formation !!! L’excellent imam Ammi Hassen en a parlé dans l’émission de Lalocale.com, ce jour, en dénonçant cette pratique abjecte et indigne de la plus grande mosquée de France. Mais cela peut-il étonner l’esprit averti ? Certainement pas, nous avons été accoutumés par Boubekeur, à ce genre de mascarade, ce n’est qu’une pratique naturelle de la mission de ce personnage infâme. Croit-il une seconde, lui qui va plancher dans des loges maçonniques et étaler son ignorance,  que l’émir Abdelkader aurait accepté une telle ignominie ? Certainement pas. Il ne me reste plus qu’à lui souhaiter de se noyer dans sa honte.
(cf. [5])

Pour appuyer son accusation, LLP semble invoquer ce document :


L'ironie est qu'il ne pouvait pas trouver meilleure preuve que justement, à cette date, Dalil Boubekeur n'était PAS franc-maçon. Sinon, pourquoi ce dernier aurait-il animé une « TENUE BLANCHE FERMÉE », destinée par définition aux conférenciers qui ne sont pas maçons ?

Les ténors du "dissidence business" aussi animent manifestement des tenues blanches fermées :


En revanche, l'émir Abdel-Qader lui était bien franc-maçon, ainsi que René Guénon le confirme dans une correspondance à Schuon déjà citée sur cette page :

René Guénon :
Par rapport à l’Islam en particulier, personne, dans les pays islamiques mêmes, n’a jamais pensé qu’il puisse y avoir une incompatibilité quelconque, et cela aussi bien au point de vue ésotérique qu’au point de vue exotérique ; ici, par exemple, il y a toujours eu depuis longtemps des Maçons à la fois parmi les « ulamâ ez-zâhir » et parmi les membres des diverses turuq. Pour ceux-ci, il y a d’ailleurs au moins un exemple illustre : celui de l’émir Abdel-Qader, qui, en dehors de son rôle extérieur, était un mutaçawwuf éminent (ce que les historiens européens paraissent naturellement ignorer), et qui se fit recevoir Maçon lors de son séjour à Alexandrie.
Lettre de René Guénon à Frihjof Schuon du 9 novembre 1946








Annexe) Sources hors livres

1 - E&R - La Faillite du monde moderne – Entretien avec Salim Laïbi (03/01/2013)

E&R Aquitaine :
2. En quoi l’œuvre de René Guénon, auteur traditionaliste cité à plusieurs reprises dans votre livre, représente-t-elle un antidote à cette modernité ?

LLP :
 R. Guénon a fait un travail remarquable pour déconstruire la modernité et la mettre à nu. C’est un auteur de génie, le plus grand penseur français de tous les temps. Je ne suis pas seul à le dire, mais aussi tout auteur et penseur sérieux qui se penche sur la question. Dans ce paradigme moderne qui s’impose à nous, il est très difficile, voire impossible de s’en extraire puisque toute notre formation intellectuelle est fondée sur des mensonges et des tromperies. R. Guénon, a réussi grâce à un travail méthodique d’une richesse inouïe ainsi qu’un style d’écriture unique dû à sa formation intellectuelle, à clarifier toute chose. Sa lecture est apaisante, on arrive à mettre des mots et expliquer le désordre. Son champ d’action est extraordinairement large ; il sera question dans son œuvre aussi bien du complot maçonnique satanique qu’il appelle antitraditionnel, des pseudo-religions subversives comme le New Age ou le mormonisme, de l’argent, la psychanalyse… Toute sa pensée s’appuyant sur une doctrine d’une clarté éblouissante. Il a influencé beaucoup de monde mais reste néanmoins méconnu, car la doxa dominante ne peut assurer la médiatisation de ses travaux, au risque de se tirer un boulet de canon dans le pied.

Dans son livre La Crise du monde moderne, qui est essentiel à toute personne désireuse de comprendre le désordre ambiant, il met en lumière le paradigme moderne et ses travers. Tout y est dit. Il faut le lire. L’ouvrage de J. Evola qui porte le même titre est aussi à découvrir. Guénon, dans son travail, s’appuie sur la pensée traditionnelle qui place l’esprit au-dessus de la matière ; c’est ainsi qu’il préfère parler de métaphysique, science invariable et universelle, commune à toutes les sociétés humaines et à toutes les périodes, preuve, selon lui, d’une « Tradition primordiale » remontant à notre ancêtre commun, Adam. R. Guénon permet au chercheur de sortir aisément et définitivement de la confusion moderne ambiante et pesante, et ce, avec une simplicité déconcertante, tant la vérité est limpide et s’impose d’elle-même.


E&R Aquitaine :
4. De la franc-maçonnerie, Guénon disait que « l’infiltration des idées modernes, au détriment de l’esprit initiatique, en a fait, non point un des agents de la “conspiration”, mais au contraire une de ses premières victimes ». Quel est selon vous l’impact de la franc-maçonnerie sur le monde ? Partagez-vous cette assertion de René Guénon ?

LLP :

La F.’. M.’. est une société secrète mafieuse extrêmement dangereuse puisque impliquée dans tous les scandales les plus meurtriers de ces trois derniers siècles. Ceci est un fait indiscutable. Je parle de la franc-maçonnerie telle qu’elle est et non telle que la théorie voudrait qu’elle soit ! Je reprends dans le livre un nombre interminable d’affaires gravissimes menées de main de maître par cette secte.

Ce qui est troublant au plus haut point c’est l’absence systématique de conséquences judiciaires, malgré la gravité des faits ou le nombre vertigineux de milliards engloutis dans des comptes offshore. Que ce soit le régicide inutile de 1793 et ses copies européennes initiées par les illuminés de Bavière eux-mêmes infiltrés par les frankistes issus du sabbataïsme ; l’affaire des fiches du Grand-Orient datant de 1905 ; l’opération meurtrière Gladio pilotée par Licio Gelli et causant des dizaines de morts en Italie ; Clearstream en France ou l’affaire des frégates de Taïwan ; sans omettre les milliards d’euros de budgets régionaux qui sont détournés dans des fausses attributions de chantiers de BTP (voir l’affaire J.-P. Kucheida de la fédération PS du nord)… La liste est encore longue. Nous pouvons citer aussi l’implication de la maçonnerie dans l’affaire dite du Carlton et dans laquelle il est question de proxénétisme, d’orgies dépravées, de FMI et de présidence de la France, heureusement ratée par le satyre immonde, DSK.

Il faut bien saisir que la maçonnerie est l’église de la contre-initiation comme l’explique très bien R. Guénon, pratiquant son culte dans des temples à l’identique de celui de Salomon, sachant que la venue de l’antéchrist se fera, selon toutes les eschatologies connues, après la construction du 3ème temple ; il semble donc que cette secte essaie de hâter la fin de ce cycle de l’Humanité. Il est d’ailleurs curieux que personne ne fasse le lien entre le temple maçonnique et celui de Jérusalem puisqu’il est question de la même bâtisse sacrée. Cette ignorance réside dans l’abrutissement des masses occidentales mais également orientales qui sont à des années-lumière de ce projet diabolique. In fine, les choses sont tellement simples, il suffit de les constater.



2 - Onnouscachetout.com : rencontre avec Salim Laibi (26/01/2013)

Onnouscachetout.com :
Le titre de votre ouvrage « la faillite du monde moderne » est une référence à la littérature de René Guénon qui était aussi un grand mystique et portait un grand intérêt à l’initiation. Comment conciliez-vous cela dans votre combat contre la Franc-Maçonnerie ? 

LLP :
40:43
Bon ben c’est très simple : on peut dire René Guénon autant que Julius Evola hein, puisque Evola aussi a écrit un livre qui s’appelle la Crise du Monde moderne, mais c’est vrai que je suis plutôt guénonien. Euh bah je crois que c’est pas compliqué, René Guénon a fait partie de toutes les sectes, euh j’appelle secte la Franc-Maçonnerie, pour moi c’est une secte, de tous les mouvements spirites etc du début de siècle dernier. Il a tout essayé. Par contre, on dit souvent que Guénon est un franc-maçon, etc, euh, d’abord, d’abord, la Franc-Maçonnerie, la vraie Franc-Maçonnerie, opérative, c’est quelque chose d’excellent, c’est même pas bien c’est excellent, parce que construire des cathédrales en s’appuyant sur le nombre d’or, des cathédrales qui ont 2000 ans, et qui ont résisté aux tremblements de terre et aux bombardements des deux guerres, je crois qu’il faut quand même être un petit peu surhumain. Ca c’est une chose. Euh je parle pas des pyramides, etc, que dont on peut même pas expliquer la technique aujourd’hui en 2012. Euh donc la Franc-Maçonnerie théorique, opérative pas spéculative, c’est quelque chose de très bien, sauf que pas n’importe qui, faut être tailleur de pierre, faut être maçon. Maintenant je rappelle aux gens qui nous écoutent, moi j’ai lu tout René Guénon donc je sais de quoi je parle. Y a beaucoup de gens parmi nous qui n’ont pas lu René Guénon, ou du moins peut-être un ou deux livres, et qui disent des bêtises. René Guénon a écrit quand même dans la France Anti-Maçonnique ! René Guénon a condamné la Franc-Maçonnerie sous tous ses aspects ! Alors il disait que, c’est vrai que, il aurait aimé qu’il y ait un redressement, il appelait ça un redressement, mais, non y en aura pas, il le disait que c’est, il le disait, j’ai une citation en tête, que ça l’étonnerait, etc. On peut pas redresser, c’est le Kali Yuga, c’est fini, voilà. C’est un traditionaliste, bien sûr puisque toute la religion, toute religion est traditionaliste, puisque la religion commence chez Adam et Eve, c’est ce que dit René Guénon, et la religion elle intéresse tous les peuples du monde, c’est ce que dit René Guénon. Alors il trouve les points communs entre toutes les traditions, il a fait un travail là-dessus, dans le symbolisme, etc, et je crois que c’est tout à fait cohérent, mais par contre René Guénon n’est ni un occultiste, ni un ésotériste. René Guénon est un religieux, est un doctrinal. Voilà. On peut dire qu’il est ésotériste, dans son aspect religieux, dans son engagement soufi, euh mais dans un aspect tout à fait orthodoxe. Voilà. Bon après il faut s’y connaître un peu là dedans, c’est compliqué, cette interview ne se prête pas à ce genre de développement.
43:30



3 - Conférence de Salim Laïbi/LeLibrePenseur à Roubaix (1/2)

LLP :
1:25:15
Et les frankistes, les sabbataïstes, qu’est ce qu’ils font ? Ils pratiquent l’inceste, la sorcellerie, la Kabbale, le crime rituel. Et c’est eux qui ont mis en place tout le rituel maçonnique. C’est dans ce livre (Charles Novac – Jacob Frank le faux messie), c’est dans ce livre (Arthur Mandel – Le messie militant), toutes les élites occidentales qui ont été maçonnisées l’ont été sur des rites écrits par les sabbataïstes, parce que la Maçonnerie cherche toujours, pour un peu de gloire et de paillettes, d’avoir une origine orientale, du temple de Salomon, temple de Salomon prophète de Dieu.



4 - Conférence : L’effroyable imposture Skyrock (19/06/2013)

LLP :
31:50
Alors il faut savoir, puisque là c’est très très important, et que ça va faire le lien avec beaucoup beaucoup de choses. Vous savez que la maçonnerie française, la maçonnerie européenne, elle a été, par Cagliostro qui était un frankiste, donc un sabbataïste, elle a été complètement transformée avec le rite égyptien, Menphis-Misraïm etc., donc le culte d’Isis. C’est pour cela que vous avez par exemple à Paris toute cette sculpture d’Isis, Parisii d’ailleurs, la barque d’Isis, Bar Isis, c’est Isis etc. Et Gésiale, la papesse, elle voue un culte à Isis, elle le dit hein. C’est le signe du dollar, c’est pour ça que vous avez une pyramide sur le dollar, c’est pour ça que les rappeurs sont tous pleins de bling bling, en fait c’est le culte de Mamon, du fric, de la matière, et le S et le barré du deux fois c’est un I, un S, un I et un S contractés. C’est ISIS ! On est toujours dans le même problème. Parce que dollar c’est D, euro c’est E, pourquoi on a mis un S à dollar ? Ca n’a aucun sens. Et pourquoi y a une pyramide sur le dollar ? Aux Etats Unis d’Amérique ? Y a quelque chose qui cloche. Bref. Mais tout ceci est absolument cohérent, parfaitement cohérent. Vous inquiétez pas tout est lié, absolument tout.
33:15



5 - Article : Mosquée de Paris : le business honteux de la conversion !

LLP :
J'ai appris ce soir que la Mosquée de Paris, dirigée par le traître et frère la truelle David Boubekeur, demandait de l’argent aux convertis pour des raisons fallacieuses de formation !!! L’excellent imam Ammi Hassen en a parlé dans l’émission de Lalocale.com, ce jour, en dénonçant cette pratique abjecte et indigne de la plus grande mosquée de France. Mais cela peut-il étonner l’esprit averti ? Certainement pas, nous avons été accoutumés par Boubekeur, à ce genre de mascarade, ce n’est qu’une pratique naturelle de la mission de ce personnage infâme. Croit-il une seconde, lui qui va plancher dans des loges maçonniques et étaler son ignorance,  que l’émir Abdelkader aurait accepté une telle ignominie ? Certainement pas. Il ne me reste plus qu’à lui souhaiter de se noyer dans sa honte.



6 - Lettre de René Guénon à Edmond Gloton du 17/05/1947