mardi 12 juillet 2011

Les positions pseudo-guénoniennes de LLP 2 - Les Rose-Croix

Suite de :
https://oeuvre-de-rene-guenon.blogspot.com/2011/07/les-positions-pseudo-guenoniennes-de.html





Sommaire

1) Les Rose-Croix
2) Les Supérieurs Inconnus
3) La magie par les livres




1) Les Rose-Croix

LLP :
José Lopez Rega, alias le sorcier, ministre argentin. Il doit ce joyeux sobriquet au fait qu’il soit adepte des pratiques ésotériques sataniques. Cet initié Rose-Croix était aussi impliqué dans la french connection.

le très sataniste et légendaire Aleister Crowley, initié Rose-Croix… praticien de magie sexuelle tantrique.

Initié Rose-Croix, membre également de la Golden Dawn, Hitler sera versé très tôt dans l’ésotérisme satanique par ses fréquentations.

Les "initiés Rose-Croix" semblent se reproduire à une vitesse folle à notre époque...

Initié dans ce contexte doit sûrement être compris comme contre-initié, ce qui prête bien sûr à confusion, et ce qui n'est pas du tout le cas des Rose-Croix, qui ont de plus disparu depuis des siècles. Ce n'est même pas obligatoirement le cas des rosicruciens.


René Guénon :
Ceux qui sont passés au delà de la forme sont, par là-même, libérés des limitations inhérentes à la condition individuelle de l’humanité ordinaire ; ceux mêmes qui ne sont parvenus qu’au centre de l’état humain, sans avoir encore réalisé effectivement les états supérieurs, sont du moins, en tout cas, affranchis des limitations par lesquelles l’homme déchu de cet « état primordial » dans lequel ils sont réintégrés est lié à une individualité particulière, aussi bien qu’à une forme déterminée, puisque toutes les individualités et toutes les formes du domaine humain ont leur principe immédiat au point même où ils sont placés. C’est pourquoi ils peuvent, comme nous le disions plus haut, revêtir des individualités diverses pour s’adapter à toutes les circonstances ; ces individualités, pour eux, n’ont véritablement pas plus d’importance que de simples vêtements. On peut comprendre par là ce que le changement de nom signifie vraiment, et ceci se rattache naturellement à ce que nous avons exposé précédemment au sujet des noms initiatiques ; d’ailleurs, partout où cette pratique se rencontre, elle représente toujours un changement d’état dans un ordre plus ou moins profond ; dans les ordres monastiques eux-mêmes, sa raison d’être n’est en somme nullement différente au fond, car, là aussi, l’individualité profane doit disparaître pour faire place à un être nouveau, et, même quand le symbolisme n’est plus entièrement compris dans son sens profond, il garde pourtant encore par lui-même une certaine efficacité.

Si l’on comprend ces quelques indications, on comprendra en même temps pourquoi les vrais Rose-Croix n’ont jamais pu constituer quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à une « société », ni même une organisation extérieure quelconque ; ils ont pu sans doute, ainsi que le font encore en Orient, et surtout en Extrême-Orient, des initiés d’un degré comparable au leur, inspirer plus ou moins directement, et en quelque sorte invisiblement, des organisations extérieures formées temporairement en vue de tel ou tel but spécial et défini ; mais, bien que ces organisations puissent pour cette raison être dites « rosicruciennes », eux-mêmes ne s’y liaient point et, sauf peut-être dans quelques cas tout à fait exceptionnels, n’y jouaient aucun rôle apparent. Ce qu’on a appelé les Rose-Croix en Occident à partir du XIVe siècle, et qui a reçu d’autres dénominations en d’autres temps et en d’autres lieux, parce que le nom n’a ici qu’une valeur purement symbolique et doit lui-même s’adapter aux circonstances, ce n’est pas une association quelconque, c’est la collectivité des êtres qui sont parvenus à un même état supérieur à celui de l’humanité ordinaire, à un même degré d’initiation effective, dont nous venons d’indiquer un des aspects essentiels, et qui possèdent aussi les mêmes caractères intérieurs, ce qui leur suffit pour se reconnaître entre eux sans avoir besoin pour cela d’aucun signe extérieur. C’est pourquoi ils n’ont d’autre lieu de réunion que « le Temple du Saint-Esprit, qui est partout », de sorte que les descriptions qui en ont parfois été données ne peuvent être entendues que symboliquement ; et c’est aussi pourquoi ils demeurent nécessairement inconnus des profanes parmi lesquels ils vivent, extérieurement semblables à eux, bien qu’entièrement différents d’eux en réalité, parce que leurs seuls signes distinctifs sont purement intérieurs et ne peuvent être perçus que par ceux qui ont atteint le même développement spirituel, de sorte que leur influence, qui est attachée plutôt à une « action de présence » qu’à une activité extérieure quelconque, s’exerce par des voies qui sont totalement incompréhensibles au commun des hommes.
Aperçus sur l’Initiation, chapitre XXXVII – Le don des langues


Chapitre du même ouvrage dédié aux Rose-Croix :
CHAPITRE XXXVIII

ROSE-CROIX ET ROSICRUCIENS

Puisque nous avons été amené à parler des Rose-Croix, il ne sera peut-être pas inutile, bien que ce sujet se rapporte à un cas particulier plutôt qu’à l’initiation en général, d’ajouter là-dessus quelques précisions, car ce nom de Rose-Croix est, de nos jours, employé d’une façon vague et souvent abusive, et appliqué indistinctement aux personnages les plus différents, parmi lesquels bien peu, sans doute, y auraient réellement droit. Pour éviter toutes ces confusions, il semble que le mieux serait d’établir une distinction nette entre Rose-Croix et Rosicruciens, ce dernier terme pouvant sans inconvénient recevoir une plus large extension que le premier ; et il est probable que la plupart des prétendus Rose-Croix, communément désignés comme tels, ne furent véritablement que des Rosicruciens. Pour comprendre l’utilité et l’importance de cette distinction, il faut tout d’abord se rappeler que, comme nous l’avons déjà dit tout à l’heure, les vrais Rose-Croix n’ont jamais constitué une organisation avec des formes extérieures définies, et qu’il y eut cependant, à partir du début du XVIIe siècle tout au moins, de nombreuses associations qu’on peut qualifier de rosicruciennes, ce qui ne veut nullement dire que leurs membres étaient des Rose-Croix ; on peut même être assuré qu’ils ne l’étaient point, et cela du seul fait qu’ils faisaient partie de telles associations, ce qui peut sembler paradoxal et même contradictoire à première vue, mais est pourtant facilement compréhensible d’après les considérations exposées précédemment.

La distinction que nous indiquons est loin de se réduire à une simple question de terminologie, et elle se rattache en réalité à quelque chose qui est d’un ordre beaucoup plus profond, puisque le terme de Rose-Croix est proprement, comme nous l’avons expliqué, la désignation d’un degré initiatique effectif, c’est-à-dire d’un certain état spirituel, dont la possession, évidemment, n’est pas liée d’une façon nécessaire au fait d’appartenir à une certaine organisation définie. Ce qu’il représente, c’est ce qu’on peut appeler la perfection de l’état humain, car le symbole même de la Rose-Croix figure, par les deux éléments dont il est composé, la réintégration de l’être au centre de cet état et la pleine expansion de ses possibilités individuelles à partir de ce centre ; il marque donc très exactement la restauration de l’« état primordial », ou, ce qui revient au même, l’achèvement de l’initiation aux « petits mystères ». D’un autre côté, au point de vue que l’on peut appeler « historique », il faut tenir compte du fait que cette désignation de Rose-Croix, liée expressément à l’usage d’un certain symbolisme, n’a été employée que dans certaines circonstances déterminées de temps et de lieux, hors desquelles il serait illégitime de l’appliquer ; on pourrait dire que ceux qui possédaient le degré dont il s’agit sont apparus comme Rose-Croix dans ces circonstances seulement et pour des raisons contingentes, comme ils ont pu, en d’autres circonstances, apparaître sous d’autres noms et sous d’autres aspects. Cela, bien entendu, ne veut pas dire que le symbole même auquel ce nom se réfère ne puisse être beaucoup plus ancien que l’emploi qui en a été fait ainsi, et même, comme pour tout symbole véritablement traditionnel, il serait sans doute tout à fait vain de lui chercher une origine définie. Ce que nous voulons dire, c’est seulement que le nom tiré du symbole n’a été appliqué à un degré initiatique qu’à partir du XIVe siècle, et, de plus, uniquement dans le monde occidental; il ne s’applique donc que par rapport à une certaine forme traditionnelle, qui est celle de l’ésotérisme chrétien, ou, plus précisément encore, de l’hermétisme chrétien ; nous reviendrons plus loin sur ce qu’il faut entendre exactement par le terme d’« hermétisme ».

Ce que nous venons de dire est indiqué par la « légende » même de Christian Rosenkreutz, dont le nom est d’ailleurs purement symbolique, et en qui il est bien douteux qu’il faille voir un personnage historique, quoi que certains en aient dit, mais qui apparaît plutôt comme la représentation de ce qu’on peut appeler une « entité collective » (2). Le sens général de la « légende » de ce fondateur supposé, et en particulier des voyages qui lui sont attribués (3), semble être que, après la destruction de l’Ordre du Temple, les initiés à l’ésotérisme chrétien se réorganisèrent, d’accord avec les initiés à l’ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction ; mais cette réorganisation dut se faire d’une façon plus cachée, invisible en quelque sorte, et sans prendre son appui dans une institution connue extérieurement et qui, comme telle, aurait pu être détruite une fois encore (4). Les vrais Rose-Croix furent proprement les inspirateurs de cette réorganisation, ou, si l’on veut, ce furent les possesseurs du degré initiatique dont nous avons parlé, envisagés spécialement en tant qu’ils jouèrent ce rôle, qui se continua jusqu’au moment où, par suite d’autres événements historiques, le lien traditionnel dont il s’agit fut définitivement rompu pour le monde occidental, ce qui se produisit au cours du XVIIe siècle (5). Il est dit que les Rose-Croix se retirèrent alors en Orient, ce qui signifie qu’il n’y eut plus désormais en Occident aucune initiation permettant d’atteindre effectivement à ce degré, et aussi que l’action qui s’y était exercée jusqu’alors pour le maintien de l’enseignement traditionnel correspondant cessa de se manifester, tout au moins d’une façon régulière et normale (6).

Quant à savoir quels furent les vrais Rose-Croix, et à dire avec certitude si tel ou tel personnage fut l’un d’eux, cela apparaît comme tout à fait impossible, par le fait même qu’il s’agit essentiellement d’un état spirituel, donc purement intérieur, dont il serait fort imprudent de vouloir juger d’après des signes extérieurs quelconques. De plus, en raison de la nature de leur rôle, ces Rose-Croix n’ont pu, comme tels, laisser aucune trace visible dans l’histoire profane, de sorte que, même si leurs noms pouvaient être connus, ils n’apprendraient sans doute rien à personne ; à cet égard, nous renverrons d’ailleurs à ce que nous avons déjà dit des changements de noms, et qui explique suffisamment ce qu’il peut en être en réalité. Pour ce qui est des personnages dont les noms sont connus, notamment comme auteurs de tels ou tels écrits, et qui sont communément désignés comme Rose-Croix, le plus probable est que, dans bien des cas, ils furent influencés ou inspirés plus ou moins directement par les Rose-Croix, auxquels ils servirent en quelque sorte de porte-parole (7), ce que nous exprimerons en disant qu’ils furent seulement des Rosicruciens, qu’ils aient appartenu ou non à quelqu’un des groupements auxquels on peut donner la même dénomination. Par contre, s’il s’est trouvé exceptionnellement et comme accidentellement qu’un véritable Rose-Croix ait joué un rôle dans les événements extérieurs, ce serait en quelque sorte malgré sa qualité plutôt qu’à cause d’elle, et alors les historiens peuvent être fort loin de soupçonner cette qualité, tellement les deux choses appartiennent à des domaines différents. Tout cela, assurément, est peu satisfaisant pour les curieux, mais ils doivent en prendre leur parti ; bien des choses échappent ainsi aux moyens d’investigation de l’histoire profane, qui forcément, par leur nature même, ne permettent de saisir rien de plus que ce qu’on peut appeler le « dehors » des événements.

Il faut encore ajouter une autre raison pour laquelle les vrais Rose-Croix durent rester toujours inconnus : c’est qu’aucun d’eux ne peut jamais s’affirmer tel, pas plus que, dans l’initiation islamique, aucun Çûfî authentique ne peut se prévaloir de ce titre. Il y a même là une similitude qu’il est particulièrement intéressant de remarquer, quoique, à vrai dire, il n’y ait pas équivalence entre les deux dénominations, car ce qui est impliqué dans le nom de Çûfî est en réalité d’un ordre plus élevé que ce qu’indique celui de Rose-Croix et se réfère à des possibilités qui dépassent celles de l’état humain, même envisagé dans sa perfection ; il devrait même, en toute rigueur, être réservé exclusivement à l’être qui est parvenu à la réalisation de l’« Identité Suprême », c’est-à-dire au but ultime de toute initiation (8) ; mais il va de soi qu’un tel être possède a fortiori le degré qui fait le Rose-Croix et peut, s’il y a lieu, accomplir les fonctions correspondantes. On fait d’ailleurs communément du nom de Çûfî le même abus que de celui de Rose-Croix, jusqu’à l’appliquer parfois à ceux qui sont seulement sur la voie qui conduit à l’initiation effective, sans avoir encore atteint même les premiers degrés de celle-ci ; et l’on peut noter à ce propos qu’une pareille extension illégitime est donnée non moins couramment au mot Yogî en ce qui concerne la tradition hindoue, si bien que ce mot, qui, lui aussi, désigne proprement celui qui a atteint le but suprême, et qui est ainsi l’exact équivalent de Çûfî, en arrive à être appliqué à ceux qui n’en sont encore qu’aux stades préliminaires et même à la préparation la plus extérieure. Non seulement en pareil cas, mais même pour celui qui est arrivé aux degrés les plus élevés, sans pourtant être parvenu au terme final, la désignation qui convient proprement est celle de mutaçawwuf ; et, comme le Çûfî lui-même n’est marqué par aucune distinction extérieure, cette même désignation sera aussi la seule qu’il pourra prendre ou accepter, non point en vertu de considérations purement humaines comme la prudence ou l’humilité, mais parce que son état spirituel constitue véritablement un secret incommunicable (9). C’est une distinction analogue à celle-là, dans un ordre plus restreint (puisqu’il ne dépasse pas les bornes de l’état humain), que l’on peut exprimer par les deux termes de Rose-Croix et de Rosicrucien, ce dernier pouvant désigner tout aspirant à l’état de Rose-Croix, à quelque degré qu’il soit parvenu effectivement, et même s’il n’a encore reçu qu’une initiation simplement virtuelle dans la forme à laquelle cette désignation convient proprement en fait. D’autre part, on peut tirer de ce que nous venons de dire une sorte de critérium négatif, en ce sens que, si quelqu’un s’est lui-même déclaré Rose-Croix ou Çûfî, on peut dès lors affirmer, sans même avoir besoin d’examiner les choses plus au fond, qu’il ne l’était certainement pas en réalité.

Un autre critérium négatif résulte du fait que les Rose-Croix ne se lièrent jamais à aucune organisation extérieure ; si quelqu’un est connu comme ayant été membre d’une telle organisation, on peut encore affirmer que, tout au moins tant qu’il en fit activement partie, il ne fut pas un véritable Rose-Croix. Il est d’ailleurs à remarquer que les organisations de ce genre ne portèrent le titre de Rose-Croix que très tardivement, puisqu’on ne le voit apparaître ainsi, comme nous le disions plus haut, qu’au début du XVIIe siècle, c’est-à-dire peu avant le moment où les vrais Rose-Croix se retirèrent de l’Occident ; et il est même visible, par bien des indices, que celles qui se firent alors connaître sous ce titre étaient déjà plus ou moins déviées, ou en tout cas fort éloignées de la source originelle. A plus forte raison en fut-il ainsi pour les organisations qui se constituèrent plus tard encore sous le même vocable, et dont la plupart n’auraient sans doute pu se réclamer, à l’égard des Rose-Croix, d’aucune filiation authentique et régulière, si indirecte fût-elle (10) ; et nous ne parlons pas, bien entendu, des multiples formations pseudo-initiatiques contemporaines qui n’ont de rosicrucien que le nom usurpé, ne possédant aucune trace d’une doctrine traditionnelle quelconque, et ayant simplement adopté, par une initiative tout individuelle de leurs fondateurs, un symbole que chacun interprète suivant sa propre fantaisie, faute d’en connaitre le véritable sens, qui échappe tout aussi complètement à ces prétendus Rosicruciens qu’au premier profane venu.

Il est encore un point sur lequel nous devons revenir pour plus de précision : nous avons dit qu’il dut y avoir, à l’origine du Rosicrucianisme, une collaboration entre des initiés aux deux ésotérismes chrétien et islamique ; cette collaboration dut aussi se continuer par la suite, puisqu’il s’agissait précisément de maintenir le lien entre les initiations d’Orient et d’Occident. Nous irons même plus loin : les mêmes personnages, qu’ils soient venus du Christianisme ou de l’Islamisme, ont pu, s’ils ont vécu en Orient et en Occident (et les allusions constantes à leurs voyages, tout symbolisme à part, donnent à penser que ce dut être le cas de beaucoup d’entre eux), être à la fois Rose-Croix et Çûfî (ou mutaçawwufîn des degrés supérieurs), l’état spirituel qu’ils avaient atteint impliquant qu’ils étaient au delà des différences qui existent entre les formes extérieures, et qui n’affectent en rien l’unité essentielle et fondamentale de la doctrine traditionnelle. Bien entendu, il n’en convient pas moins de maintenir, entre Taçawwuf et Rosicrucianisme, la distinction qui est celle de deux formes différentes d’enseignement traditionnel ; et les Rosicruciens, disciples plus ou moins directs des Rose-Croix, sont uniquement ceux qui suivent la voie spéciale de l’hermétisme chrétien ; mais il ne peut y avoir aucune organisation initiatique pleinement digne de ce nom et possédant la conscience effective de son but qui n’ait, au sommet de sa hiérarchie, des êtres ayant dépassé la diversité des apparences formelles. Ceux-là pourront, suivant les circonstances, apparaître comme Rosicruciens, comme mutaçawwufîn, ou dans d’autres aspects encore ; ils sont véritablement le lien vivant entre toutes les traditions, parce que, par leur conscience de l’unité, ils participent effectivement à la grande Tradition primordiale, dont toutes les autres sont dérivées par adaptation aux temps et aux lieux, et qui est une comme la Vérité elle même.
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1 - C’est à une organisation de ce genre qu’appartient notamment Leibnitz ; nous avons parlé ailleurs de l’inspiration manifestement rosicrucienne de certaines de ses conceptions, mais nous avons aussi montré qu’il n’était pas possible de le considérer comme ayant reçu plus qu’une initiation simplement virtuelle, et d’ailleurs incomplète même sous le rapport théorique (voir Les Principes du Calcul infinitésimal).

2 - Cette « légende » est en somme du même genre que les autres « légendes » initiatiques auxquelles nous avons déjà fait allusion précédemment.

3 - Nous rappellerons ici l’allusion que nous avons faite plus haut au symbolisme initiatique du voyage ; il y a d’ailleurs, surtout en connexion avec l’hermétisme, bien d’autres voyages, comme ceux de Nicolas Flamel par exemple, qui paraissent bien avoir avant tout une signification symbolique.

4 - De là le nom de « Collège des Invisibles » donné quelquefois à la collectivité des Rose-Croix.

5 - La date précise de cette rupture est marquée, dans l’histoire extérieure de l’Europe, par la conclusion des traités de Westphalie, qui mirent fin à ce qui subsistait encore de la « Chrétienté » médiévale pour y substituer une organisation purement « politique », au sens moderne et profane de ce mot.

6 - Il serait tout à fait inutile de chercher à déterminer « géographiquement » le lieu de retraite des Rose-Croix ; de toutes les assertions qu’on rencontre à ce sujet, la plus vraie est certainement celle d’après laquelle ils se retirèrent au « royaume du prêtre Jean », celui-ci n’étant autre chose, comme nous l’avons expliqué ailleurs (Le Roi du Monde, pp. 13-15), qu’une représentation du centre spirituel suprême, où sont en effet conservées à l’état latent, jusqu’à la fin du cycle actuel, toutes les formes traditionnelles, qui pour une raison ou pour une autre, ont cessé de se manifester à l’extérieur.

7 - Il est fort douteux qu’un Rose-Croix ait jamais écrit lui-même quoi que ce soit, et, en tout cas, ce ne pourrait être que d’une façon strictement anonyme, sa qualité même lui interdisant de se présenter alors comme un simple individu parlant en son propre nom.

8 - Il n’est pas sans intérêt d’indiquer que le mot Çûfî, par la valeur des lettres qui le composent, équivaut numériquement à el-hikmah el-ilahiyah, c’est-à-dire « la sagesse divine ». - La différence du Rose-Croix et du Çûfî correspond exactement à celle qui existe, dans le Taoïsme, entre l’« homme véritable » et l’« homme transcendant ».

9 - C’est d’ailleurs là, en arabe, un des sens du mot sirr, « secret », dans l’emploi particulier qu’en fait la terminologie « technique » de l’ésotérisme.

10 - Il en fut vraisemblablement ainsi, au XVIIIème siècle, pour des organisations telles que celle qui fut connue sous le nom de « Rose-Croix d’Or ».


Les organisations rosicruciennes comme la Societas Rosicruciana in Anglia, la Golden Dawn, l'A.M.O.R.C., s'inspirent d'ailleurs de cette Rose-Croix d'Or, qui n'a elle-même aucune authenticité :
Nous n’entendons pas entrer ici dans les controverses relatives à l’origine et à l’histoire des Rose-Croix vrais et faux ; il y a là de véritables énigmes qui n’ont jamais été résolues d’une façon satisfaisante, et sur lesquelles les écrivains qui se disent plus ou moins rosicruciens ne semblent pas en savoir beaucoup plus  long que les autres.

En écrivant ces derniers mots, nous pensons notamment au Dr Franz Hartmann, qui joua un rôle important dans  la Société Théosophique lorsque son siège eut été transporté dans l’Inde, et avec qui, d’ailleurs, Mme Blavatsky ne semble pas avoir été toujours dans les meilleurs termes, comme nous le verrons à propos de l’affaire de la Société des recherches psychiques. Ce personnage, né en 1838 à  Donauwerth, en Bavière, se prétendait rosicrucien, mais d’une autre branche que les sociétés anglaises dont il a été question précédemment ; à  l’en croire, il avait  « découvert » une Fraternité de vrais Rose-Croix à Kempten, localité célèbre par ses maisons hantées, et où il mourut en 1912 ; à la vérité, nous pensons que ce n’est là qu’une légende qu’il cherchait à accréditer pour donner l’apparence d’une base sérieuse à un certain « Ordre de la Rose-Croix Esotérique » dont il fut l’un des promoteurs. Ce Dr Hartmann a publié d’assez nombreux ouvrages (1), qui furent appréciés d’une façon peu bienveillante par les chefs de la  Societas Rosicruciana  in Anglia, pourtant théosophistes comme l’auteur ; on fut particulièrement sévère pour le livre intitulé Dans le Pronaos du Temple de Sagesse, « contenant l’histoire des vrais et des faux Rosicruciens, avec une introduction aux mystères de la philosophie hermétique », et dédié à la duchesse de Pomar. En 1887, le Dr Hartmann fit paraitre à Boston, centre de la branche  américaine de  l’Order of the G. D.  in  the Outer, une sorte de roman ayant pour titre Une aventure chez les Rosicruciens, qui contient la description d’un monastère théosophique imaginaire, supposé situé dans les Alpes ; et l’auteur raconte que ce monastère relève de l’Ordre des  « Frères de la Croix d’Or et de la Rose-Croix », et que son chef  porte le titre d’Imperator. Cela fait penser à l’ancienne « Rose-Croix d’Or » d’Allemagne, fondés en 1714  par le prêtre saxon Samuel Richter, plus connu sous le pseudonyme de Sincerus Renatus, et dont le chef portait en effet, comme plus tard celui de la Golden Dawn, ce titre d’Imperator, hérité des organisations rosicruciennes antérieures, et qui remonterait même jusqu’à l’origine du  monde s’il fallait en croire certains récits légendaires, car on trouve dans le Clypeus Veritatis, qui date de 1618, une  liste chronologique des  lmperatores depuis Adam ! Ces exagérations et ces généalogies fabuleuses sont d’ailleurs communes à la plupart des sociétés secrètes, y compris la Maçonnerie, où nous voyons aussi le Rite de Misraïm faire remonter ses origines jusqu’à Adam. Ce qui est plus digne d’intérêt, c’est qu’un écrivain occultiste, parlant de  l’organisation  rosicrucienne de 1714, déclare ceci : « Une tradition dit que cet  Imperator existe toujours ; son action serait devenue politique » (2) ; s’agit-il encore ici du chef de la Golden Dawn ? En effet, la « Rose-Croix d’Or », à laquelle certains ont cru reconnaître déjà un caractère politique, n’existe plus depuis longtemps ; elle fut remplacée en 1780 par les « Frères Initiés de l’Asie », dont le centre  fut établi à  Vienne, et dont les supérieurs s’intitulaient, par allusion au début de l’Apocalypse, « Pères et Frères des sept Eglises inconnues de l’Asie » (3) ; on ne peut s’empêcher de se demander si les « sept adeptes » du comte Mac-Gregor n’auraient pas été leurs continuateurs. Quoi qu’il en soit, ce qu’il  y a de certain, c’est  que bien des associations qui prétendent se rattacher au Rosicrucianisme font encore prêter à leurs adhérents un serment de fidélité à l’Imperator.
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1 - Voici les titres de quelques-uns des principaux, en dehors de ceux qui sont indiqués dans le texte : Symboles secrets des Rosicruciens, réédition d’un ouvrage ancien accompagnée de commentaires, publiée à Boston ; La Vie de Jehoshua, le Prophète de Nazareth, « étude occulte et clef de la Bible, contenant l’histoire d’un lnitié » ; Magie blanche et noire ; La Science Occulte dans la Médecine ; Les Principes de la Géomancie, d’après Cornélius Agrippa.

2 -  Histoire des Rose-Croix, par Sédir, p. 103, note.

3 -  Signalons à ce propos une singulière méprise de Papus, qui, ayant trouvé un texte de Wronski où il est fait mention des « Frères Initiés de l’Asie », crut que ce titre désignait une organisation réellement orientale et qu’il s'agissait des « Mahâtmâs », dont il faisait d’ailleurs « un grade supérieur de l’Eglise Brâhmanique » (Glossaire des principaux termes de la Science Occulte, article Mahâtmâ : Traité méthodique de Science Occulte, p. 1052).
Le Théosophisme, chapitre III - La Société Théosophique et le Rosicrucianisme
 



2) Les Supérieurs Inconnus

LLP :
Dernière chose : Tu es un menteur ! Guénon a condamné la FM et les textes sont nombreux, j’en cite un très clair et simple dans mes conférences dans lequel il parle de Copin-Albancelli et du danger de la FM et des supérieurs inconnus. Alors arrête de mentir car tu prouves par là ton ignorance de l’œuvre de Guénon.

Cet article est disponible ici :
http://esprit-universel.over-blog.com/article-rene-guenon-1914-reflexions-a-propos-du-pouvoir-occulte-1-56863490.html

LLP n'a visiblement pas compris le contexte de l'article paru dans la France Antimaçonnique, intitulé Réflexions à propos du "pouvoir occulte", qui est de plus un article de jeunesse de Guénon (datant de 1914), à une époque où il n'avait pas encore fait certaines précisions qui ont ensuite évité de possibles confusions. Le contexte est évidemment la contre tradition, qui parasite les formes traditionnelles d'autant plus efficacement qu'elles sont affaiblies. Mais citons directement Guénon :
Emmanuel Malynski et Léon de Poncins – La Guerre occulte
Gabriel Beauchesne, Paris.

Ici comme dans les précédents ouvrages de M. Léon de Poncins dont nous avons déjà eu l’occasion de parler, il y a, pour tout ce qui se rapporte à la critique du monde moderne, beaucoup de considérations très justes ; les auteurs, qui dénoncent avec raison des erreurs communes comme celle qui consiste à croire que les révolutions sont des « mouvements spontanés », sont de ceux qui pensent que la déviation moderne, dont ils étudient plus spécialement les étapes au cours du XIXe siècle, doit nécessairement répondre à un « plan » bien arrêté, et conscient tout au moins chez ceux qui dirigent cette « guerre occulte » contre tout ce qui présente un caractère traditionnel, intellectuellement ou socialement. Seulement, quand il s’agit de rechercher des « responsabilités », nous avons bien des réserves à faire ; la chose n’est d’ailleurs pas si simple ni si facile, il faut bien le reconnaître, puisque, par définition même, ce dont il s’agit ne se montre pas au dehors, et que les pseudo-dirigeants apparents n’en sont que des instruments plus ou moins inconscients. En tout cas, il y a ici une tendance à exagérer considérablement le rôle attribué aux Juifs, jusqu’à supposer que ce sont eux seuls qui en définitive mènent le monde, et sans faire à leur sujet certaines distinctions nécessaires ; comment ne s’aperçoit-on pas, par exemple, que ceux qui prennent une part active à certains événements ne sont que des Juifs entièrement détachés de leur propre tradition, et qui, comme il arrive toujours en pareil cas, n’ont guère gardé que les défauts de leur race et les mauvais côtés de sa mentalité particulière ? Il y a pourtant des passages (notamment pp. 105-110) qui touchent d’assez près à certaines vérités concernant la « contre-initiation » : il est tout à fait exact qu’il ne s’agit pas là d’« intérêts » quelconques, qui ne peuvent servir qu’à mouvoir de vulgaires instruments, mais d’une « foi » qui constitue « un mystère métapsychique insondable pour l’intelligence même élevée de l’homme ordinaire » ; et il ne l’est pas moins qu’« il y a un courant de satanisme dans l’histoire »… Mais ce courant n’est pas seulement dirigé contre le Christianisme (et c’est peut-être cette façon trop restreinte d’envisager les choses qui est la cause de bien des « erreurs d’optique ») ; il l’est aussi, exactement au même titre, contre toute tradition, qu’elle soit d’Orient ou d’Occident, et sans en excepter le Judaïsme. Quant à la Maçonnerie, nous étonnerons peut-être beaucoup les auteurs si nous disons que l’infiltration des idées modernes, au détriment de l’esprit initiatique, en a fait, non point un des agents de la « conspiration », mais au contraire une de ses premières victimes ; et cependant, en réfléchissant à certains efforts actuels de « démocratisation » du Catholicisme lui-même, qui ne leur ont certainement pas échappé, ils devraient pouvoir arriver, par analogie, à comprendre ce que nous entendons par là… Et oserons-nous ajouter qu’une certaine volonté d’égarer les recherches, en suscitant et en entretenant diverses « hantises » (peu importe que ce soit celle de la Maçonnerie, des Juifs, des Jésuites, du « péril jaune », ou quelque autre encore), fait précisément aussi partie intégrante du « plan » qu’ils se proposent de dénoncer, et que les « dessous » réels de certaines équipés antimaçonniques sont tout particulièrement instructifs à cet égard ? Nous ne savons que trop bien que, en insistant là-dessus, on risque fort de n’être agréable à personne, de quelque côté que ce soit ; mais est-ce là une raison suffisante pour ne point dire la vérité ?
Etudes sur la Franc-Maçonnerie, Comptes rendus de livres, juillet 1936



De plus, Guénon s'appuie sur l'article de Copin Albancelli pour faire ses remarques et aiguiller les antimaçons, au sein de leur paradigme, sans pour autant préciser s'il est d'accord ou non avec les affirmations de Copin Albancelli (visiblement LLP a pris cette abstention pour une caution). Pour preuve, prenons comme exemple l'expression "la Secte", utilisée pour qualifier la Franc-Maçonnerie, sur laquelle Guénon s'est exprimé ensuite :
Par conséquent, les  « sectes »  sont forcément multiplicité (1), et leur existence implique un éloignement du principe, dont l’ésotérisme est au contraire, par sa nature même, plus proche que la religion et plus généralement l’exotérisme, même exempts de toute déviation.
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1 - Ceci montre  la fausseté radicale des conceptions de ceux qui, comme cela se rencontre fréquemment surtout parmi les écrivains « antimaçonniques », parlent de « la Secte », au singulier et avec une majuscule, comme d’une sorte d’ « entité » en laquelle leur imagination incarne tout ce à quoi ils ont voué quelque haine ;  le fait que les mots arrivent ainsi à perdre complètement leur sens légitime est d’ailleurs, redisons-le encore à ce propos, une des caractéristiques du désordre mental de notre époque.
Aperçus sur l'Initiation, chapitre XI - Organisations initiatiques et sectes religieuses

Mais pour y voir clair, il faut peut-être lire ce que Guénon a écrit après 1914...
Pourtant, ce devrait être le cas, puisque LLP affiche dans sa conférence la couverture du livre Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps, datant de 1946 (ce livre sera d'ailleurs directement cité dans la suite, rendant l'exposé de LLP encore plus contradictoire).


Et concernant les supérieurs inconnus, ce terme est utilisé usuellement pour désigner aussi bien des contre-initiés que des initiés. Ce deuxième cas est le plus légitime, les contre-initiés appelés ainsi ne l'étant que par analogie avec les initiés. Dans cet extrait on constate bien que Guénon l'utilise pour qualifier des initiés dignes de ce nom :

René Guénon :
Ces considérations font aussi comprendre comment, au sein d’une même organisation, il peut exister en quelque sorte une double hiérarchie, et ceci plus spécialement dans le cas ou les chefs apparents ne sont pas conscients eux-mêmes du rattachement à un centre spirituel ; il pourra y avoir alors, en dehors de la hiérarchie visible qu’ils constituent, une autre hiérarchie invisible, dont les membres, sans remplir aucune fonction « officielle », seront cependant ceux qui assureront réellement, par leur seule présence, la liaison effective avec ce centre. Ces représentants des centres spirituels, dans les organisations relativement extérieures, n’ont évidemment pas à se faire connaître comme tels, et ils peuvent prendre telle apparence qui convient le mieux à l’action « de présence » qu’ils ont à exercer, que ce soit celle de simples membres de l’organisation s’ils doivent y jouer un rôle fixe et permanent, ou bien, s’il s’agit d’une influence momentanée ou devant se transporter en des points différents, celle de ces mystérieux « voyageurs » dont l’histoire a gardé plus d’un exemple, et dont l’attitude extérieure est souvent choisie de la façon la plus propre à dérouter les investigateurs, qu’il s’agisse d’ailleurs de frapper l’attention pour des raisons spéciales, ou au contraire de passer complètement inaperçus (1). On peut comprendre également par là ce que furent véritablement ceux qui, sans appartenir eux-mêmes à aucune organisation connue (et nous entendons par là une organisation revêtue de formes extérieurement saisissables), présidèrent dans certains cas à la formation de telles organisations, ou, par la suite, les inspirèrent et les dirigèrent invisiblement ; tel fut notamment, pendant une certaine période (2), le rôle des Rose-Croix dans le monde occidental, et c’est là aussi le vrai sens de ce que la Maçonnerie du XVIIIe siècle désigna sous le nom de « Supérieurs Inconnus ».

Tout ceci permet d’entrevoir certaines possibilités d’action des centres spirituels, en dehors même des moyens que l’on peut considérer comme normaux, et cela surtout lorsque les circonstances sont elles-mêmes anormales, nous voulons dire dans des conditions telles qu’elles ne permettent plus l’emploi de voies plus directes et d’une régularité plus apparente. C’est ainsi que, sans même parler d’une intervention immédiate du centre suprême, qui est possible toujours et partout, un centre spirituel, quel qu’il soit, peut agir en dehors de sa zone d’influence normale, soit en faveur d’individus particulièrement « qualifiés », mais se trouvant isolés dans un milieu où l’obscurcissement en est arrivé à un tel point que presque rien de traditionnel n’y subsiste plus et que l’initiation ne peut plus y être obtenue, soit en vue d’un but plus général, et aussi plus exceptionnel, comme celui qui consisterait à renouer une « chaîne » initiatique rompue accidentellement. Une telle action se produisant plus particulièrement dans une période ou dans une civilisation où la spiritualité est presque complètement perdue, et où, par conséquent, les choses de l’ordre initiatique sont plus cachées que dans aucun autre cas, on ne devra pas s’étonner que ses modalités soient extrêmement difficiles à définir, d’autant plus que les conditions ordinaires de lieu et parfois même de temps y deviennent pour ainsi dire inexistantes. Nous n’y insisterons donc pas davantage ; mais ce qu’il est essentiel de retenir, c’est que, même s’il arrive qu’un individu apparemment isolé parvienne à une initiation réelle, cette initiation ne pourra jamais être spontanée qu’en apparence, et que, en fait, elle impliquera toujours le rattachement, par un moyen quelconque, à un centre existant effectivement (3) ; en dehors d’un tel rattachement, il ne saurait en aucun cas être question d’initiation.
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1 - Pour ce dernier cas, qui échappe forcément aux historiens, mais qui est sans doute le plus fréquent, nous citerons seulement deux exemples typiques, très connus dans la tradition taoïste, et dont on pourrait trouver l’équivalent même en Occident : celui des jongleurs et celui des marchands de chevaux.

2 - Bien qu’il soit difficile d’apporter ici de grandes précisions, on peut regarder cette période comme s’étendant du XIVe au XVIIe siècle ; on peut donc dire qu’elle correspond à la première partie des temps modernes, et il est dès lors facile de comprendre qu’il s’agissait avant tout d’assurer la conservation de ce qui, dans les connaissances traditionnelles du moyen âge, pouvait être sauvé en dépit des nouvelles conditions du monde occidental.

3 - Certains incidents mystérieux de la vie de Jacob Boehme, par exemple, ne peuvent s’expliquer réellement que de cette façon.
Aperçus sur l’Initiation, chapitre X – Des centres initiatiques




3) La magie par les livres

Enfin, pour se débarrasser de cette confusion supplémentaire, à présenter Jay-Z, Kadhafi ou Staline comme des contre-initiés (ce qui n'est pas impossible, mais totalement injustifié par les raisons mises en avant, pour l'un de se servir de symboles à la mode pour vendre ses disques, et pour les deux autres la lecture de livres de sorcellerie), sur l'inefficacité de la magie cérémonielle et livresque :

René Guénon:
Les occultistes seraient assurément peu disposés à admettre que cette  « magie cérémonielle », la seule qu’ils connaissent et qu’ils essaient de pratiquer, n’est qu’une magie dégénérée, et pourtant c’est ainsi ;  et même, sans vouloir aucunement l’assimiler à la sorcellerie, nous pourrions dire qu’elle est encore plus dégénérée que celle-ci à certains égards, quoique d’une autre façon. Expliquons-nous plus nettement là-dessus :  le sorcier accomplit certains rites et prononce certaines formules, généralement sans en comprendre le sens, mais en se contentant de répéter aussi exactement que possible ce qui lui a été enseigné par ceux qui les lui ont transmis (ceci est un point particulièrement important dès lors qu’il s’agit de quelque chose qui présente un caractère traditionnel, comme on peut facilement le comprendre par ce que nous avons expliqué précédemment) ; et ces rites et ces formules, qui ne sont le plus souvent que des restes plus ou moins défigurés de choses très anciennes, et qui ne s’accompagnent certes d’aucune cérémonie, n’en ont pas moins, dans bien des cas, une efficacité certaine (nous n’avons ici à faire aucune distinction entre les intentions bénéfiques ou maléfiques qui peuvent présider à leur usage, puisqu’il s’agit uniquement de la réalité des effets obtenus). Par contre, l’occultiste qui fait de la « magie cérémonielle »  n’en obtient généralement aucun résultat sérieux, quelque soin qu’il apporte à se conformer à une multitude de prescriptions minutieuses et compliquées, que d’ailleurs il n’a apprises que par l’étude des livres, et non point par le fait d’une transmission quelconque ;  il se peut qu’il arrive parfois à s’illusionner, mais c’est là une tout autre affaire ; et l’on pourrait dire qu’il y a, entre les pratiques du sorcier et les siennes, la même différence qu’entre une chose vivante; fût-elle dans un état de décrépitude, et une chose morte.

Cet insuccès du « magiste »  (puisque c’est là le mot dont les occultistes se servent de préférence, l’estimant sans doute plus honorable et moins vulgaire que celui de  « magicien ») a une double raison :  d’une part, dans la mesure ou il peut encore être question de rites en pareil cas, il les simule plutôt qu’il ne les accomplit vraiment, puisqu’il lui manque la transmission qui serait nécessaire pour les « vivifier » et à laquelle la simple intention ne saurait suppléer en aucune façon ; d’autre part, ces rites sont littéralement étouffés sous le  « formalisme »  vide des cérémonies, car, incapable de discerner l’essentiel de l’accidentel (et les livres auxquels il s’en rapporte seront d’ailleurs fort loin de l’y aider, car tout y est d’ordinaire mêlé inextricablement, peut-être volontairement dans certains cas et involontairement dans d’autres), le  « magiste »  s’attachera naturellement surtout au côté extérieur qui le frappe davantage et qui est le plus  « impressionnant » ; et c’est là, en somme, ce qui justifie  le nom même de la « magie cérémonielle ». En fait, la plupart de ceux qui croient ainsi « faire de la magie » ne font en réalité rien de plus ni d’autre que de s’autosuggestionner purement et simplement ;  ce qu’il y a de plus curieux ici, c’est que les cérémonies arrivent à en imposer, non pas seulement aux spectateurs, s’il y en a, mais à ceux mêmes qui les accomplissent, et, quand ils sont sincères (nous n’avons à nous occuper que de ce cas, et non de celui ou le charlatanisme intervient), sont véritablement, à la façon des enfants, dupes de leur propre jeu. Ceux-là n’obtiennent donc et ne peuvent obtenir que des effets d’ordre exclusivement psychologique, c’est-à-dire de même nature que ceux que produisent les cérémonies en  général, et qui sont du reste, au fond, toute la raison d’être de celles-ci ; mais, même s’ils sont restés assez conscients de ce qui se passe en eux et autour deux pour se rendre compte que tout se réduit à cela, ils sont bien loin de se douter que, s’il en est ainsi, ce n’est que du fait de leur incapacité et de leur ignorance. Alors, ils s’ingénient à bâtir des théories, en accord avec les conceptions les plus modernes, et rejoignant directement par là, bon gré mal gré, celles de  la « science officielle »  elle-même, pour expliquer que la magie et ses effets relèvent entièrement du domaine psychologique, comme d’autres le font aussi pour les rites en général ; le malheur est que ce dont ils parlent n’est point la magie, au point de vue de laquelle de pareils effets sont parfaitement nuls et inexistants, et que, confondant  les rites avec les cérémonies, ils confondent aussi la réalité avec ce qui n’en est qu’une caricature ou une parodie ;  si les  « magistes »  eux-mêmes en sont là, comment s’étonner que de semblables confusions aient cours parmi le « grand public » ?
Aperçus sur l’Initiation, chapitre XX – A propos de « magie cérémonielle »




Les considérations sur la Franc-Maçonnerie vont être étudiées plus en détail, étant donné que c'est le coupable principal désigné par LLP.




Suite :
https://oeuvre-de-rene-guenon.blogspot.com/2011/07/les-positions-pseudo-guenoniennes-de_14.html




2 commentaires:

  1. En aucun cas, l'AMORC se réclame de la Rose Croix D'OR.

    Je vous laisse le soin de corriger cette erreur.

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  2. Au temps pour moi, c'est corrigé.

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